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samedi 28 juillet 2012

L'amour ne suffit pas : chapitre 21


Chapitre 21 — Japon


            Mû inspira.
            Téléporter n’était pas si dur, mais il devait se concentrer pour ne pas commettre d’erreur. Le moindre atome oublié pouvait poser problème.
            Le vent soufflait dans ses cheveux lâchement noués, murmure léger à son oreille. Shiryû, énergie forte et brutale, bruissant en cascade longue. Le saisir, détailler chaque molécule, plier l’espace-temps et renvoyer plus loin le jeune homme sans danger. Puis ses amis… Hyôga, blizzard froid contre l’esprit de Mû l’étudiant. Shun, tempête déchaînée soufflant sans contrainte sur l’âme de Mû. Puis Pégase, le chevalier pour qui Shiryû était prêt à donner sa vie, éclat doré dans le noir. Mû tendit les bras en recueillant le jeune homme inconscient dans ses bras. Il devait se presser.
            Des Chevaliers d’argent. Il les avait sentis venir alors qu’il attendait l’issue du combat entre Shiryû et les autres contre Phénix. Il en comptait cinq. Il faudrait bien les occuper… En souriant, Mû téléporta les corps des Chevaliers noirs défunts.
  « Maître, que mijotez-vous ?, demanda la voix flûtée à ses côtés. Vous tramez toujours quelque chose quand vous faites cette tête ! »
            Mû se contenta de sourire à l’enfant en réponse. Ils devaient quitter les lieux au plus vite. Portant toujours Seiya, il sonda ce dernier, son disciple et lui-même. Partir encore plus loin… Il sentait les cosmos des Chevaliers d’argent, feux follets vibrant autour de lui. L’un se rapprochait dangereusement. Mû lança la téléportation, ses pieds s’enfonçant soudain dans le sable chaud.
            La mer ronronnait sur sa droite, vibrato doux. Le soleil baissait un peu, mais le sable brûlant faisait transpirer Mû, et Seiya le ralentissait. Ce dernier bougonna quelques mots en japonais sur son épaule.
  « Il fait une drôle de tête, et il…, s’interrompit soudain le disciple de Mû. Bah c’est dégueu, il bave !, s’exclama-t-il en reculant.
  – Kiki ! », le gronda Mû.
            L’interpellé fourra les mains dans ses poches et accompagna en regardant d’un œil torve le Japonais inconscient.
            Mû sentait de plus en plus leur poursuivant se rapprocher. C’était… le Chevalier du lézard oui. Mû percevait presque son haleine souffler sur sa nuque. Elle était plus chaude encore que l’air, et brûlait la kératine de ses cheveux.
  « Maître Mû ! », s’inquiéta Kiki en pointant le doigt derrière eux.
            Mû s’arrêta, sachant qui venait d’apparaître. Il regarda distraitement le corps androgyne, les yeux rieurs, entendit les paroles de mépris. Le Lézard savait pourtant très bien quel était le rang de Mû par rapport à lui. Mû jaugea froidement l’état de sa disgrâce actuelle auprès du Sanctuaire. Mais il savait bien que le Pope dont Misty lui parlait en face n’était pas le bon. Le vrai, Mû s’en souvenait…
            Seiya avait repris connaissance et s’était redressé face au Chevalier d’argent. Kiki appela l’armure de Pégase pour l’aider et Mû ferma les yeux. Il n’écoutait pas le bruit du combat qui s’engageait entre Misty et Pégase. Il devait distraire les autres chevaliers venus avec Misty. Il les chercha de l’esprit, les localisa un par un. Mû rit. Il était peut-être en défaveur, mais il était toujours puissant. Il agita les cadavres des Chevaliers noirs devant les compagnons de Misty, et ces derniers n’y voyaient que du feu, persuadés de combattre les originaux, sûrs de les avoir vaincus.
            Mû rouvrit les yeux. Seiya aussi avait battu Misty. Se détournant, Mû partit, atome par atome…


            Ils les avaient vaincus. Misty, Mozes, Babel et Astérion. Et Marin… Disparue avec un message énigmatique. Athéna ?
            Seiya sentait son cœur battre trop vite, sa respiration haleter contre son gré. Shiryû, Hyôga, Shun… Tous étaient revenus.
  « L’armure… Misty la prétend fausse », expliqua Seiya.
            Shiryû haussa les épaules. Les autres rirent.
  « Nous devons la ramener quand même », dit le Chinois.
            Tous hochèrent la tête en approuvant.
  « Puis on se casse, rajouta Hyôga en posant la main sur l’épaule de Shun. Le job terminé, nous pourrons nous concentrer sur autre chose. »
            Il caressa distraitement une boucle des cheveux de Shun qui eut un sourire triste.
  « Oui…, confirma Seiya, je chercherai ma sœur seule. Saori et son tournoi… Vers quoi ça nous a menés ! Une amie me le faisait remarquer dernièrement. »
            Ils se regardèrent en riant.


            Saori ne manquait pas de culot quand même, se dit Seiya. Athéna. Mais bien sûr. Et le tournoi était fait pour révéler le mal. Hum. Athéna quand même ! La déesse qu’ils étaient censés servir et qui était au Sanctuaire.
            Seiya lui tourna le dos. Ses amis ne semblaient pas plus y croire que lui et l’imitaient.
            Le Colisée avait été détruit, sans doute par les Chevaliers d’argent qu’ils avaient croisés. Qu’ils partent avec l’armure fausse !
            Mais l’armure l’avait protégé du coup d’Ikki…
            Seiya hésita un instant. Malheureuse coïncidence. Il sortit du théâtre, où l’attendaient déjà ses camarades.
            Un cri s’éleva alors derrière eux. En une volée noire et croassante, Saori s’élevait dans les airs, l’armure soupesée aussi par des corbeaux.
            Et merde.
            Sans réfléchir plus longtemps, Seiya courut derrière la jeune femme enlevée criant aux autres de s’occuper de l’armure.
            Saori…
            Menteuse, effrontée, jouant avec eux.
            Pourquoi courait-il pour la sauver ?
            Parce que…
            Le cerveau de Seiya refusa de se demander plus de choses, le faisant juste courir vers la robe blanche flottant dans le ciel.


            Hyôga commençait à être fatigué de ramasser sans cesse les morceaux de l’armure du Sagittaire. Certes, cette fois, ça avait été plus simple. Ils avaient tout récupéré vite, ce n’étaient que des corbeaux après tout.
  « Seiya est par là-bas ! », s’exclama Shiryû en montrant un coin.
            Ils se précipitèrent vers l’endroit indiqué. Le vent soufflait derrière eux, les poussant vers leur but.
            Hyôga vit les grands yeux de Shun s’écarquiller brusquement.
  « Ikki ! », avait-il chuchoté avant de lancer sa chaîne.
            Un sentiment abrupt scia Hyôga. Il descendit de son sternum pour descendre dans son ventre, coupant ses nerfs de douleur. Hyôga sursauta.
            Il s’avança vers Ikki, le regard froid. Le Phénix avait essayé de tuer son propre frère, avait plongé son poing quasiment jusqu’au cœur de Hyôga. Cependant il avait protégé Seiya. Et pourtant Shun voulait le pardonner. Alors…
  « Va dans le volcan de l’île Canon. Ca soignera ton bras gelé », dit-il.
            Ikki lui jeta un regard étrange. Hyôga déglutit, mais ils n’avaient pas le temps, Shun retenait Cerbère, mais ça ne tiendrait pas longtemps, et Persée avait un sourire inquiétant. Shun jeta un dernier coup d’œil vers son frère, le vert de l’iris palpitant. La sensation était vraiment désagréable pour Hyôga. Il vit les poings d’Ikki se fermer, tremblant légèrement, et le vit partir plus vite que le Phénix ne voulait en donner l’impression.
            Hyôga se tourna vers les Chevaliers d’argent, Shun et Shiryû à ses côtés.
            Ils se battraient.


            Pourquoi ?
            Shunrei s’était cachée au-dessus du lavabo, tentant de réprimer ses larmes.
            Pourquoi était-il allé jusqu’à ça ?
            Une poche en plastique était suspendue à une tige, et le tube qui le prolongeait plongeait en Shiryû en liquide incolore.
            La première fois, il avait failli mourir.
            Puis il était allé se vider de son sang et avait enchaîné avec un combat dangereux.
            Enfin, il s’était crevé les yeux. Ses beaux yeux sombres, où coulaient toutes ses émotions. Il n’y avait plus qu’un bandeau sanguinolent et des orbites creuses.
            Shunrei s’accrocha au lavabo.
  « Je n’en peux plus… », murmura-t-elle.
            Derrière elle, elle entendit un gémissement.
  « Shiryû ! », s’étouffa-t-elle en courant à son chevet.
            Elle saisit sa main, entrelaçant ses doigts aux siens, et la porta à sa bouche pour poser un léger baiser. Il tremblait un peu, ses longs cheveux collant à sa peau en sueur. Le drap avait glissé, et révélait les cicatrices sur son torse. Shunrei caressa le poignet pansé, tentant de faire cicatriser les veines coupées par sa douceur.
            Elle l’aimait…
            Il ouvrit la main et toucha la joue de la jeune fille de sa paume.
  « Je… Je voudrais juste… te voir », balbutia-t-il.
            Elle sourit, et glissa les doigts sur son visage. Encouragé, il dessina les traits fins de ses phalanges, esquissant en douceur le nez retroussé, les sourcils hauts, ébauchant les lèvres rondes.
  « Je…, commença-t-il. Ne pars pas ! »
            Shunrei se pencha et embrassa son front.
  « Jamais, chuchota-t-elle. Quand tu seras en état de voyager, je te ramènerai chez nous. Et là, tu iras mieux et tu guériras… »
            Elle entendait le cœur de Shiryû qui battait vite, rythme désorientant. Elle commença à se redresser, mais Shiryû la maintint vers lui.
  « Reste… », chuchota-t-il en caressant une mèche détachée de la jeune femme.
            Elle rapprocha ses lèvres des siennes en un soupir, frôlant leur douceur mouillée de sueur. Il ouvrit la bouche, et elle y plongea en baiser doux et inexpérimenté, goûtant l’amertume de l’assouvissement de son désir.
            Il ne verrait jamais plus mais… cela le rapprochait d’elle.
            Shunrei eut honte de cette pensée.


            Hyôga réfléchissait, assis sur son lit, la lettre à la main.
            Yakoff lui avait écrit. Il s’inquiétait de sa santé. Il l’avait vu à la télévision, et assisté à l’enlèvement de l’armure. Il se faisait du souci. Et Camus avait disparu disait-il. Yakoff demandait à Hyôga de revenir.
            Le Russe se mordit les lèvres.
            Il semblait bel et bien que tout était terminé. Seiya voulait repartir chercher sa sœur. Shiryû était inapte au combat. Et Shun… Hyôga frémit. Il revoyait nettement le coup d’œil de Shun vers Ikki, ressentait le sentiment qui l’avait traversé alors. Il avait été saisi d’une pulsion de jalousie pour… un sentiment fraternel ? Hyôga eut honte. Sans doute devrait-il prendre le temps de réfléchir avant de s’avancer plus loin dans cette direction. Oui…
            Il irait en Russie retrouver Yakoff.
            Soulagé de cette décision, Hyôga se laissa tomber sur le matelas.
            Le rire tiède de Shun résonnait encore en lui, faisant vibrer sa poitrine. Hyôga ouvrit les yeux sur le plafond blanc.
            La neige éternelle effacerait ses peines et lui donnerait la solution.
            La banquise l’appelait.

lundi 23 juillet 2012

L'amour ne suffit pas : chapitre 20

Chapitre 20 — Cavernes du mont Fuji


            Shunrei serait mécontente si elle savait. Shiryû se sentait lentement glisser, flottant entre deux mondes. L’air était chaud contre sa peau, et le picotement du soufre une caresse étrange alors qu’il sombrait. Il était bizarrement bien alors que son souffle vital coulait loin de lui, en flots sombres de souffrance évanouie.
            Puis son adversaire planta ses doigts en lui et Shiryû revint dans la réalité concrète de cette dimension. Le sol était granuleux sous son dos, roche acérée, l’atmosphère était difficilement respirable et son corps n’était que douleur. Il toussa, crachant un peu de sang. Il se redressa, entendant le cliquetis des chaînes et le tintement des cloches sur sa droite. Shun remontait doucement, Seiya sur l’épaule, le visage inquiet.
          Serait-ce comme cela ? Allaient-ils tous y passer un par un ? Le volcan au dessus d’eux les engloutirait et l’air acide rongerait leur peau jusqu’à l’os. Shiryû frissonna. Non, ils avaient survécu, ils continueraient à le faire. Il regarda le corps noir de Seiya et plongea les doigts sur lui, ignorant les cris de protestation de Shun, n’expliquant que brièvement. Il appuya sur les points de la constellation de Pégase, laissant un sang corrompu sortir du corps de Seiya. Une odeur âcre métallisée remonta dans leurs poumons. Shun grimaça, sur le point de vomir.
            Shiryû se tourna vers le jeune homme châtain.
  « Tu devrais rester ici, deux frères ne devraient pas s’affronter. »
            Shun lui sourit.
  « Au contraire… Je dois y aller. »
          Shiryû le fixa quelques secondes et haussa les épaules. Il était assez grand pour avoir le cœur brisé.


            Les doigts ensanglantés d’Ikki tremblaient. Le Russe avait failli l’avoir. Avec son regard bleu, ses cheveux de poupée blonde, il était plus coriace que ses traits délicats ne le laissaient supposer. Si le Cygne noir ne l’avait pas prévenu en y laissant sa vie, Ikki n’aurait pas su contrer l’attaque. Il regarda sa main rouge. Le corps de Hyôga reposait un peu plus loin, alors qu’Ikki s’en éloignait à chaque pas.
            C’était étrange, il se sentait vide, indifférent à la dépouille délaissée. Pourtant il se souvenait. Il se souvenait l’avoir aidé enfant. Il se souvenait que Shun l’adorait. Il se souvenait qu’il lui avait laissé la garde de son frère bien-aimé de nombreuses fois. Il se souvenait que Hyôga était devenu beaucoup trop proche de Shun à son goût. Il se souvenait qu’il le haïssait pour ça. Ikki cria contre le sol.
            Il se redressa en s’éloignant de plus en plus, s’engouffrant dans le labyrinthe des grottes. Le Pégase noir et Seiya avaient fait match nul, chacun le payant de sa vie. Le Dragon noir l’avait trahi au lieu de faire de même. Et Shun avait vaincu sans problèmes son homologue noir. Deux venaient donc vers lui. Deux à éradiquer au plus vite. Dont Shun. Ikki serra son poing gluant.


            Les murs se rapprochaient de plus en plus, sensation oppressante qui frôlait leurs hanches. Et l’odeur… Elle envahissait leurs poumons en parfum âcre, les faisant tousser, brûlant la muqueuse fragilisée.
         Une lumière éclairait le fond du tunnel, semblant venir d’une salle souterraine plus large. Shun et Shiryû clignèrent des yeux, éblouis, alors qu’ils s’avançaient vers l’éclairage.
       Des lanternes étaient posées au milieu d’une pièce vaste et Ikki les attendait au centre, les yeux durs pointés sur eux. Shiryû inspira. La chaîne de Shun s’abattit sur sa nuque, le plongeant dans l’inconscience.
  « Désolé Shiryû… », s’excusa Shun alors que le corps inconscient s’écroulait par terre.
       Ikki l’observait, ses yeux d’un bleu de crépuscule posés sur le visage doux, les épaules légèrement frémissantes. Shun planta son regard de prairie dans celui d’Ikki, se rapprochant de lui. Il s’agenouilla.
  « Je… je sais…, bredouilla-t-il. Je… je veux bien… »
            Ikki ouvrit la bouche sans savoir répondre. Les iris de Shun palpitaient, et le vent soufflait sur leur blé vert. C’était impossible. Ikki ne croyait pas à ce sacrifice improbable.
  « Foutaises. Tu veux seulement être conciliant. Tu ne veux pas vraiment…
  – Si… J’ai réfléchi, je veux bien… »
           La voix était moins hésitante, plus assurée. S’il lui donnait ce qu’il voulait, la frustration d’Ikki s’évacuerait loin de lui, et le visage tendre de son frère réapparaîtrait. Si c’était ce qu’Ikki désirait, Shun était prêt à tout.
  « Menteur, tu trembles…, contesta Ikki Et je refuse de me laisser aller à ça… », chuchota-t-il.
         Shun agrandit les yeux, saisissant soudain la fin du sentiment honteux. Il sentit ses cils se mouiller alors qu’il déclarait :
  « Alors tue-moi. Tout disparaîtra avec moi. Mais pas les autres, ils n’y sont pour rien. Juste moi… »
            Ikki se rapprocha de Shun. Il était mince, la nuque étroite. En un coup, tout serait fini, il ne s’en rendrait même pas compte. Il tendit la main.
  « Frapper son propre frère, qui s’est rendu, quel acte héroïque ! », s’exclama une voix familière.
            Hyôga avança, souriant légèrement à Shun qui lui rendit un regard doux. Une compréhension cruelle déchira le cœur d’Ikki en jalousie pure. Pourquoi n’était-il pas mort ?
  « Il n’y a que lui qui devrait être mort », répondit Seiya de l’autre côté.
            Ikki retourna le visage vers lui. Seiya était vivant… Ikki entendit incrédule Shun protester. Il voulait aller jusqu’à le tuer et Shun prenait sa défense ?

            Ils se dressaient tous contre lui, Ikki sourit indifférent.
  « Que s’est-il passé sur cette île ? », demanda la voix douce de Shun.
            Assez !
       Ikki lança son attaque contre le corps mince de son frère mais Hyôga se plaça devant, protégeant le jeune homme. Ikki se crispa, la rivalité glissant en sueur gelée le long de sa colonne vertébrale. Le Russe prétendait lui renvoyer son attaque d’illusion ? Impossible, l’âme d’Ikki était morte, le coup ne lui ferait aucun effet.
           Impossible…
          Ikki trembla en revoyant le visage d’Esméralda se transformer en celui de Shun, en ressentant son désir refoulé se cacher, en réentendant Guilty lui murmurer ses paroles pleines de fiel. Le sang courait sur la terre de l’île, et son cœur plongeait son envie dans son corps honteux, le corps froid de la jeune fille dans ses bras, ayant ôté le masque de Shun. La culpabilité dévora Ikki.

           Ikki rouvrit les yeux sur Hyôga, replongea son poing en lui. Il ne voulait plus voir ce visage fin. Ce visage avait le pouvoir de le rendre malade de jalousie, de lui faire revivre des choses qu’Ikki refusait. Il lança le bras, saisissant le pendentif qui avait protégé le Russe, comprenant enfin pourquoi il n’était pas mort. Il entendit Shun hurler. Ikki n’en pouvait plus. Il lança une déflagration qui propulsa les Bronzes à terre.
            C’était fini, soupira-t-il.
            Il n’avait pas pensé que l’armure d’or reconstituée en protégerait un. Seiya… Ikki sut dès lors que son sort était tracé. Il savait que l’armure d’or donnait des pouvoirs spéciaux, réminiscence oubliée. Il lutta quand même, sachant qu’il serait vaincu. Mais à l’armure vint s’ajouter les pouvoirs des autres Chevaliers. Il n’avait pas frappé assez fort.
            Le visage doux de Shun remuait légèrement les cils, la bouche entrouverte pour respirer. le poing de Seiya avait vaincu Ikki, et. Il  tombait, ne parvenant pas à détacher le regard des traits fins de son frère. Et si… Et s’il s’était trompé ? S’il était possible de ne pas cesser de l’aimer, de juste accepter l’absence de possibilité de réponse à ce sentiment et juste… vivre ?
         Ikki laissa dériver ses yeux sur les corps inanimés. Shiryû serrait la main sur une roche, s’accrochant même inconscient. Hyôga avait posé le bras sur celui de Shun, dernier réflexe avant de s’évanouir sous le choc de l’attaque d’Ikki. Au dessus du front d’Ikki, Seiya transpirait, sueur rougeâtre, se mêlant au sang maculant sa chair. Elle tombait en gouttes cramoisies sur la peau d’Ikki, liquide brûlant et acide.
         Ikki sourit en reposant ses iris sombres sur Shun, qui entrouvrait les cils, commençant à reprendre conscience. Ikki l’aimait… Il devait apprendre à vivre avec cela, cesser de lutter contre le sentiment. Il l’accepterait sans jamais l’achever.

         Le sol se mit à trembler et les murs commencèrent à tomber en pierres chaudes. Ikki écarquilla les yeux, comprenant soudain. Le volcan était entré en éruption, et les cavernes allaient s’écrouler sur eux. Il se redressa, tendant le bras vers Shun. Mais un par un, chaque Chevalier disparaissait, comme téléporté ailleurs. Sauf Ikki.
         En riant, il se laissa écraser sous les gravats.




Suite -> Chapitre 21

lundi 16 juillet 2012

L'amour ne suffit pas : chapitre 18


Chapitre 18 — Fondation Graud


        Ils avaient une semaine. Ikki avait lancé son défi et Shiryû était parti faire réparer les armures de Pégase et du Dragon. Réussirait-il ?
       Les mains dans les poches, Seiya soupirait à cette idée. Il n'avait jamais prévu que son armure puisse "mourir", ni que Shiryû devrait aller si loin pour un faible espoir.
  « Tu ne devrais pas rester là à ruminer ta mauvaise humeur », dit une voix noble sur sa gauche.
        Saori était au seuil de la pièce, les bras croisés, la présence altière.
« Et que devrais-je faire selon vous ? », ragea Seiya.
        Saori se rapprocha et frôla son épaule de sa main gantée.
  « Sortir... Allez voir Hyôga et Shun, ou ton amie Miho... Aller en ville, te promener... Pas rester ici sans bouger, l'esprit concentré sur les mêmes problèmes... »
        Seiya tourna la tête vers elle, intrigué. Il pensait qu'elle se moquerait, ou qu'elle serait verte de rage. Pas compatissante. L'âge l'avait-elle tant transformée ?
        Il bredouilla une acceptation en la contournant pour sortir de la pièce, étrangement conscient des yeux vifs sur lui. Rien de ceci n'était normal

        Sur le perron, Hyôga était assis sur un banc, le regard dans le vague. Seiya s'arrêta :
  « Comme me le dirait quelqu'un d'improbable, tu devrais t'aérer l'esprit. »
        Il entendit Hyôga rire en réponse.
« Je n'ai aucun problème... J'ai eu un choix à faire à un moment... mais j'ai pris le bon », finit le Russe en souriant.
        Seiya inclina la tête sans comprendre.
« Alors pourquoi restes-tu ici avec un air triste ?
  – Je le regarde lui... », murmura Hyôga en pointant du menton devant lui.
        Seiya suivit le regard. Dans la pelouse, à l'ombre d'un arbre, Shun s'était assis, une fleur frêle d'automne dans la main gauche. Il leur tournait le dos, mais ses épaules s'étaient affaissées, et une bretelle avait glissé le long de son bras.
« Il est là depuis des heures..., expliqua Hyôga. Je vais régulièrement le voir, mais il ment en me disant qu'il va bien. Puis il ne dit plus rien et replonge dans ses pensées, et... elles ne sont pas joyeuses
  – Normal, c'est son frère..., observa Seiya. Néanmoins, j'ai remarqué qu'il t'aime bien Hyôga. Même s'il ne te dit rien, peut-être, juste être avec lui, lui ferait du bien ?, suggéra-t-il.
  – Hum... », commenta juste Hyôga.
        Seiya s'étira.
  « Je vais faire un tour et rentrer chez moi. Il y a encore six jours, profitons-en du mieux qu'on peut ! », s'exclama-t-il.
        Il partit en trottinant.
       Hyôga avait déjà reposé les yeux sur le jeune homme châtain, détaillant chaque cheveu, chaque pore de peau. En expirant il se redressa et retourna aux côtés de Shun.

  « Que regardes-tu ?, lui souffla-t-il à l'oreille.
  – Les nuages... Ils font des dessins portés par le vent... Le vent souffle une réponse, et j'essaie de l'entendre », chuchota Shun.
        Hyôga s'assit derrière le jeune homme et posa ses mains sur ses épaules.
  « Je vois une sorte de... girafe ?, tenta-t-il d'observer. Elle essaie de monter dans un... bus ? Mais devant eux il y a un... chamois géant ? »
        Les iris verts de Shun sur lui l'interrompirent dans sa description. Il avait haussé le sourcil et le regardait les lèvres entrouvertes :
  « Tu plaisantes, tu ne peux pas voir ça, si ?
  – Hum, je vois vraiment ça en fait Shun... », s'excusa Hyôga.
        Shun le jaugea du regard et se mit à rire :
  « Mais comment peux-tu imaginer de telles choses ?!
  – Je ne sais pas... »; sourit Hyôga, ravi d'avoir interrompu le flux de pensées moroses de son ami.
        Shun soupira en posant la tête sur l'épaule du Russe.
  « Merci d'être là... », chuchota-t-il en l'encerclant de ses bras.
        Shun était léger mais solide, le muscle dur sous la peau douce, et sa présence était une chaleur tiède contre Hyôga. Les cheveux châtain frôlaient sa joue en caresse épicée, et son corps exhalait une odeur suave, légèrement salée. La chose était complètement troublante pour Hyôga qui étreignit inconsciemment la forme entre ses bras, respira profondément son parfum chaud. Shun était chaud contre lui, entrant en résonance avec le circuit qui traversait son torse.
        Hyôga oublia tout à part la sensation douce contre lui.


        Seiya balaya le sable de la cour du pied.
  « Je n’ai toujours aucune nouvelle de Seika… Et la promesse de m’aider si je gagne le tournoi, alors qu’il n’y a plus de tournoi, c’est juste…! », rageait-il.
        Miho s’était assise sur une balançoire sur sa gauche et se laissait mollement aller.
  « Alors pourquoi ne laisses-tu pas tout tomber ? », demanda-t-elle.
        Seiya soupira.
  « Pourquoi… Parce que si j’aide Saori Kido un peu plus, elle finira par accepter de m’aider. Parce que j’ai une dette envers Shiryû. Parce que je me suis engagé. Parce que ! », hurla-t-il en serrant les poings.
        Le grincement métallique léger des chaînes de la balançoire lui répondit juste. Miho regardait le sol orangé par le soleil du soir en se pinçant les lèvres.
  « Parle-moi de Saori Kido », déclara-t-elle soudain.
        Seiya se tourna vers elle avec un air interrogateur
  « Pourquoi ?
  – Parce que ! », répliqua-t-elle.
        Seiya rit en se frottant le nez.
  « Et bien…, commença-t-il, elle a changé depuis l’enfance je trouve. Plus noble, un peu plus diplomate. Et pourtant elle est toujours désespérément autoritaire, se croyant une princesse dont on doit exaucer le moindre désir, expliqua-t-il.
  – Est-elle belle ?, se renseigna Miho.
  – Hum, tu as dû la voir à la télé, non ? »
        Elle serra la chaîne de la balançoire, passant ses doigts à travers un anneau.
  « Oui mais la télévision améliore les choses parfois. Je veux savoir ce qu’il en est vraiment, mentit-elle.
  – Hum, je suppose que oui elle est belle, répondit Seiya après un instant de réflexion, avec de longs cheveux bruns et des gestes aristocratiques.
  – Je vois… »
        Miho se redressa, levant les yeux vers le crépuscule.
  « Il est tard… Tu devrais rentrer chez toi, dit-elle.
  – Tu ne m’invites pas à manger avec vous ? », s’étonna Seiya.
        Elle serra les poings.
  « Pas ce soir, un des petits est malade, et je dois m’en occuper pour la nuit.
  – Ah d’accord. Au revoir alors ! », rit-il en s’éloignant.
        Miho soupira en fixant le sable. Rien, il ne comprenait rien.
        L’idiot.


  « Pourquoi as-tu changé d’avis ? », lui demanda soudain Shun.
        Il s’était allongé sur le canapé, la tête renversée sur l’accoudoir et les mains croisées dans le vide devant lui.
  « Changé d’avis ?, s’étonna Hyôga.
  – Les autres croient que tu plaisantais quand tu disais que le Sanctuaire t’avait envoyé nous tuer. Mais tu ne plaisantais pas, je le sais, expliqua Shun. Alors pourquoi as-tu changé d’avis ? »
        Hyôga se colla plus contre la fenêtre, refusant de laisser entrevoir son visage.
  « Les choses… ne sont pas si simples que je croyais », finit-il par répondre.
        La vitre, refroidie par les premiers frimas vespéraux de l’automne, s’embuait sous sa respiration, souffle chaud honteux.
  « Et que croyais-tu ? », insista la voix douce derrière lui.
        Le Russe appuya son visage contre le carreau, dessinant des lignes non réfléchies du bout de son nez.
  « Je croyais que vous n’étiez tous que des gens sans conscience pour participer à ce tournoi… Des êtres vils, sans respect. J’ai jugé vite… »
        Sa voix s’étouffa.
        Shun écarta les yeux en laissant tomber ses bras mollement sur le velours blanc du canapé. La silhouette blonde se détachait sur la fenêtre immense du salon, ombre en contre-jour sous la luminosité s’affaiblissant.
  « Puis je vous ai vus… Vous aviez tous des raisons d’être là, toutes respectables, poursuivait Hyôga. Seiya a même risqué sa vie pour sauver Shiryû. Et là j’ai réalisé… »
        Il trembla alors qu’une main délicate se posait sur son bras. Les doigts fins agrippèrent légèrement le coton de sa chemise.
  « Tu as réalisé ? », l’encouragea Shun.
        Hyôga inspira.
  « J’ai réalisé à quel point le plus présomptueux, c’était moi. Moi le vaniteux de m’être cru si supérieur… », termina-t-il.
        Il se retourna pour voir un Shun souriant sous le soleil du soir. Ses yeux tristes s’étaient refermés dans une tendresse qui irradiait de son sourire généreux.
  « L’essentiel est que tu aies réalisé tes erreurs, dit-il en un soupir. Tout le monde peut se tromper, mais doit-on condamner toutes les fautes ? »
        Il lâcha la chemise de Hyôga et posa sa main sur la vitre, dégageant la légère buée du bout des doigts.
  « Bien sûr que non… », murmura-t-il.
        Il tourna son visage rose vers Hyôga et dit doucement :
  « Je garde l’espoir ! »
        Hyôga s’en retint de respirer.
        Badinait-il ? Etait-il sérieux ?
        Shun avait deux petites fossettes autour de sa bouche et une sur son menton. Quand il souriait, elles se creusaient, et Hyôga ne pouvait pas en détacher son regard.
        L’espoir hein ?

Suite -> Chapitre 19

L'amour ne suffit pas : chapitre 19

AmourNeSuffitPas19
Chapitre 19 — Japon

            Les cavernes s’enfonçaient en labyrinthe obscur et vapeur chaude. Une odeur familière de soufre s’enfonçait dans ses souvenirs alors qu’il les arpentait, les doigts glissant sur les parois granuleuses. Parfait, un vrai piège, dont aucun de ses anciens camarades ne saurait ressortir. Une ombre le frôla sur sa gauche.
  « Seigneur Ikki, murmura-t-elle, je me demande juste… Pourquoi au juste voulez-vous vraiment les tuer ? Nous pourrions juste leur prendre les morceaux d’armures, et ainsi vous auriez ce que vous désirez… »
            Ikki tourna ses iris sombres vers la silhouette aux longs cheveux.
  « Oserais-tu remettre mes ordres en question, Dragon noir ? »
            L’interpellé plissa les yeux en riant doucement :
  « Vous me connaissez assez pour savoir que non… Je voyais juste là un gain d’énergie, mais je ferai selon vos souhaits. »
            Il posa la main contre son ventre et s’inclina légèrement avant de repartir
        Ikki avança, baissant le regard sur un gouffre noir au détour du tunnel. Jusqu’où allait-il ? Assurément quiconque y tombait ne pouvait plus en ressortir. Ikki s’accroupit devant. 
          Il les avait regardés.
          Seiya, semblant plus impertinent que jamais. Si prétentieux lors de ses combats, puis si apte à tout faire pour se rattraper en réalisant qu’il était allé trop loin. Adorant occuper l’espace lors des interviews, faisant jouer la corde sensible. Un idiot. Il serait simple à battre.
          Shiryû, plus loquace que dans ses souvenirs, mais n’ayant toujours pas dépassé son complexe de supériorité. Intelligent mais semblant l’oublier lors des combats. Un sacré avantage pour Ikki.
            Hyôga, toujours aussi froid. Il était calculateur, orgueilleux à raison. Mais ses interviews et sa réaction lors de la venue d’Ikki montrait clairement à ce dernier que le sentimental n’était pas loin. Ikki avait la parfaite attaque pour ça.
            Shun… Il semblait avoir trouvé une sorte de paix avec sa douceur, et avait laissé parler assez sa puissance pour obtenir son armure. Et ses yeux… Reflets moirés sous une giboulée de campagne, vert vibrant de candeur. Comment avait-il réagi déjà ? Il s’était pétrifié, s’était laissé glisser à terre en respirant bruyamment. Et maintenant ? Ikki tressauta. Shun était l’inconnue pour lui, celui qu’il voulait voir maîtrisé au plus vite, avant de perdre contrôle. 
            Ikki serra les poings en se redressant. Il n’était pas seul. Ses alliés étaient puissants et affaibliraient assez ses anciens camarades et son frère. Il s’oublierait dans le sang, il effacerait toute trace de ses erreurs, de ses sentiments, et tout témoin disparaîtrait.
            Il contourna le gouffre et s’enfonça encore plus profondément dans la montagne. La puanteur étouffante était une alliée, lui et les Chevaliers noirs y étaient habitués, par contre les autres… Ikki rit. Tout serait vite terminé. 

            Seiya sursauta.
           Il avait rêvé de Shiryû. Le Chinois était dans des montagnes inconnues, un vent froid courant sur ses épaules. Un nuage se collait à lui, l’étouffait en toison blanche et Shiryû s’évanouissait sous un ciel rouge.
          Seiya avait hurlé.
          Des râlements de mécontentement lui étaient venus de la part de ses voisins dessous.
          Il se rallongea, les bras en croix. Il imaginait beaucoup trop de choses, Shiryû irait bien, il était fort, non ? Il reviendrait même certainement à temps, les armures réparées sur le dos, le sourire aux lèvres. Non, Seiya ne devait pas s’inquiéter. Il se le chuchota avant de se rendormir doucement.
   « Je suis occupée », avait protesté Miho quand Seiya était venu lui raconter son rêve le lendemain.
            Elle siffla l’envoi du match, à la grande joie des enfants, qui coururent sur le terrain. Seiya plongea les mains dans ses poches, et la regarda pensif.
  « Tu n’approuves pas le fait que nous allions nous battre demain, c’est ça ? », demanda-t-il.
            Cela faisait plusieurs jours qu’elle était distante, ayant toujours quelque chose à faire quand il venait. Seiya commençait à voir la manœuvre.
  « Mais non Seiya ! C’est juste que j’ai un travail très prenant tu sais, objecta Miho.
  – Et tu ne peux pas me parler tout en les arbitrant ? »
            Elle souffla dans son sifflet en courant vers un des enfants.
  « On ne tire pas les cheveux d’un membre de l’autre équipe ! »
            La petite fille grimaça en obtempérant. Miho revint en dehors du terrain.
  « Tu vois, ça me prend beaucoup de temps ! », s’exclama-t-elle.
            Il soupira. Les couettes courtes de Miho se balançaient au rythme de ses sauts d’excitation et de ses précipitations pour arbitrer. Seiya baissa la tête, balayant le sol des yeux.
  « Tu sais, commença-t-il alors que Miho était sur le bord de la cour, j’ai juré d’être chevalier d’Athéna ? Tu sais ce que ça signifie ? »
            Elle ne lui répondit ostensiblement pas.
  « Ce genre d’armure, comme celle qui a été volée, est sacrée, continua-t-il sans relever le visage, il est hors de question que quelqu’un d’indigne ne la porte. Et Ikki, en blessant gravement certains, en frappant son propre frère, et en nous menaçant tous, n’en est pas digne. »
            Miho cria soudain un encouragement. Impassible, Seiya poursuivit :
  « Nous avons donc à faire à Ikki, et visiblement au minimum trois autres Chevaliers noirs puissants. Et que pouvons-nous leur opposer ? Shun a beau dire qu’il se battra, jamais il ne pourra affronter un frère bien-aimé. Jabu et les autres sont repartis s’entraîner. Je n’ai plus d’armure. Nous ne savons pas si Shiryû rentrera. En fait le mieux placé, c’est Hyôga. »
            Seiya expira en redressant le menton. Miho lui tournait toujours le dos.
  « Mais même sans armure, je dois me battre, c’est mon devoir. Et je dois croire en la venue de Shiryû. Comprends-tu ? », demanda-t-il.
            Elle eut un rire nerveux.
  « C’est toi qui ne comprends pas… Toi qui ne comprends rien. Tu me fais de grands discours sur l’honneur sans réaliser que ta vie est en jeu, sans réaliser que tu te soucies plus de ton armure que des gens qui t’aiment. »
            Elle avait serré les poings et tremblait un peu.
  « Mais va donc en T-shirt d’été face à des types qui te massacreront en une seconde, tout ça pour les yeux de Saori Kido ! »
            Elle siffla la fin de la partie et alla voir le groupe d’enfants sans se retourner.
            Seiya restait interloqué. Que voulait-elle dire ?
            Elle avait raison, il ne comprenait rien.
 
            Assis sur son lit, il avait ouvert la main, regardant le médaillon dans la paume. Son frère lui avait dit que c’était un souvenir de leur mère. Il l’avait décrite, forme mince et châtain, avec de longs cils et les yeux verts comme ceux de Shun. Mais Shun associait plus le pendentif à son frère. C’était Ikki qu’il voyait se refléter dans le pentacle, se penchant pour le lui offrir avant qu’ils ne soient séparés.
        Shun sentit une larme involontaire glisser le long de sa joue.
       Il avait fini par prendre sa décision.
      Cela faisait une semaine qu’il réfléchissait à comment radoucir Ikki. Il le savait, sous l’apparence dure, il y avait toujours le jeune homme sensible qu’il connaissait. Il y avait pensé en regardant la photo dans la presse. Ikki y était montré sous son jour dur, les yeux courbés de haine, accentués par la cicatrice entre ses sourcils, la bouche prise d’un rictus. Mais sous ces traits, Shun retrouvait le regard pur juste voilé, le sourire déformé par la souffrance. Non, Ikki n’était pas le monstre que ses camarades imaginaient. Et cela seul Shun le savait.
     Le jeune homme serra le médaillon dans sa main et le rattacha autour de son cou. Il se souvenait toujours de ce qu’il avait capté chez Ikki. Son empathie se souvenait de chaque sentiment, mélodie sourde en lui. Au choc avait succédé la stupéfaction. Puis ce fut un mélange de peur, de désespoir et d’amour blessé. Enfin, Shun avait fini par accepter. Nier ne servait à rien. La tristesse l’avait submergé. Etait-il coupable ? Si Ikki n’avait pas dû l’aider autant enfant ? S’il n’avait pas dû aller dans cette île maudite ? Shun avait mordu ses draps pour ne pas crier son déchirement, et inquiéter plus encore son voisin concerné. Mais le remords ne servait à rien.
    Lentement, Shun avait imaginé toutes les attitudes qu’il pouvait avoir, les réactions qu’elles produiraient chez Ikki. Il avait joué dix milles scènes différentes avec les mêmes personnages et le même contexte. Puis il sut. Seule cette réponse pouvait fonctionner. Il avait tremblé, incertain d’être prêt.
            Mais c’était Ikki…
            Shun frémit sous sa résolution.
            Le métal froid du pendentif le picotait légèrement, reproche fourmillant.
            Mais c’était pour Ikki…

Suite -> Chapitre 20

samedi 7 juillet 2012

L'amour ne suffit pas : chapitre 17


Chapitre 17 — Japon

            Seiya se mordait les doigts. Shiryû avait failli en mourir.
        Seiya ne se souvenait pas vraiment de lui, mais leur combat les avait révélés. Shiryû était honnête et brave, prêt à aller loin pour ses convictions. Seiya était tout aussi entêté. Avaient-ils eu raison ?
            Seiya regarda la jeune fille en rouge qui parlait avec Shiryû, allongé sur le lit d’hôpital. Leurs échanges de sourires étaient très parlants. Il ferait mieux de les laisser seuls. Seiya sortit discrètement de la chambre et repartit vers la salle d’attente. Shun et Hyôga les avaient accompagnés, et aussi surprenant que cela paraissait à Seiya, Saori aussi était venue. Ils étaient assis sur des chaises blanches autour d’une table basse en verre, un air grave sur leurs traits. Shun et Hyôga parlaient à voix basse, chuchotements légers. Saori serrait les mains sur ses genoux serrés, les lèvres légèrement pincées en une moue sombre.
            Elle leva les yeux sur Seiya :
  « Le docteur dit qu’il n’y a plus rien à craindre mais… »
           Sa voix se brisa. Je n’ai pas voulu ça, crut l’entendre chuchoter Seiya. Il devait l’avoir imaginé. Jamais elle ne dirait une telle chose, elle la petite princesse qui jouait avec eux.
  « Sa fiancée prendra soin de lui », déclara soudainement Saori en se relevant.
            Elle jeta un regard sévère sur Shun :
  « Vous devriez rentrer, toi en particulier, tu combats demain. »
            Sa robe voleta derrière elle alors qu’elle quittait la pièce, en un glissement léger.
            Voilà bien la Saori dont Seiya se souvenait. Il avait vraiment rêvé.
            Il s’assit sur un des sièges et plia les bras derrière la tête.
  « Cela dit, elle n’a pas tort Shun…, commenta-t-il. Tu devrais te reposer pour demain.
  – Bien… », acquiesça l’intéressé en se levant.
            Hyôga se redressa et l’accompagna.
            Seiya les suivit distraitement du regard.
            Seika l’avait-elle regardé ? Si oui, qu’avait-elle pensé d’un frère prêt à mourir pour un combat ? Et si elle ne l’avait pas vu ? Etait-elle contre ce genre de divertissements ? Vivait-elle au Japon ? Allait-elle bien ?
            Les pensées se bousculèrent dans la tête de Seiya sans qu’il parvienne à les trier.
            Il savait juste qu’il avait créé un lien étrange de respect amical avec Shiryû.
            Il savait juste qu’on le menait en bateau en prétendant l’aider à retrouver sa sœur.
            Il cracha une insulte.


            Le soir était plus frais, et la brise courait sur leurs bras dévêtus. Elle agitait doucement les feuilles des arbres qui longeaient l’allée, bruissement caressant leurs oreilles.
  « Tu affrontes… Jabu, c’est ça ?, s’informa Hyôga.
  – Oui c’est ça… »
            Shun avait les yeux dans le vague.
  « Le dixième…, commença-t-il.
  – Hum ?
  – Le dixième chevalier, celui qu’on ne nous a annoncé qu’au dernier moment et qui n’est pas encore arrivé… A ton avis, qui est-ce ? », demanda Shun.
            Hyôga bailla en dressant ses mains croisées pour s’étirer. Une odeur douce s’échappait des cheveux de Shun et elle flottait vers lui, portée par le vent.
  « Aucune idée… »
            Puis comprenant soudain l’espoir caché, il reprit :
  « N’y crois pas trop… Je ne veux pas te voir déçu.
  – Je sais… »
            Shun se retourna en souriant vers Hyôga :
  « Je suis heureux que Shiryû aille bien ! Quand ils ont ôté leurs armures, j’ai cru que mon cœur allait s’arrêter…
  – Oui je comprends, sourit le jeune homme blond. Mais je les ai trouvés aussi très braves, prêts à tout pour leurs rêves… »
            Il leva les yeux vers le crépuscule.
  « J’avoue que je suis admiratif. », termina-t-il.
            Shun se plaça devant lui et le fixa du vert de ses grands yeux, les mains croisées dans le dos
  « Dis-moi Hyôga… Et toi, quel est ton rêve ? »
            Le Russe ouvrit légèrement les lèvres.
            Son rêve… Il gisait au fond de l’océan, glacé et bercé par les flots.
            Hyôga tendit les bras et posa ses doigts sur les épaules de Shun.
  « Je n’en ai pas vraiment…, mentit-il. Mais j’espère m’en créer », rajouta-t-il sincèrement.
            Shun lui sourit.


         Il dominait très largement.
        Hyôga regardait Shun, légèrement admiratif. Il n’avait visiblement aucun problème à concentrer son cosmos, il le maniait avec aisance et souplesse. Il ne voulait visiblement pas faire du mal à Jabu, et la différence de niveau était telle qu’il y parvenait sans forcer, tout en douceur.
         Puis la chaîne commença à bouger sans son contrôle, le prévenant du danger.
         Le dixième chevalier était arrivé et les maillons étaient allés s’encercler autour de son poignet, caresse froide sur sa peau mate.
  « C’est Ikki ! », avait hurlé Seiya.
        Shun avait tout cessé, tremblant. Le dixième chevalier avait relevé son masque, et un visage familier était apparu. Il était plus carré, plus dur. Une cicatrice creusait son front entre ses yeux, et ses joues s’étaient un peu vidées. Son corps était épais, avec des muscles gonflés, et une impression de puissance se dégageait de lui.
       Les yeux de Shun vibraient, alors qu’il redessinait chaque trait, le gravait dans sa mémoire. Il souriait.
       Quelque chose n’allait pas, se dit Hyôga. Pourquoi Ikki restait-il là haut sans descendre ? Il avait refermé les doigts sur la chaîne qui encerclait son poignet et regardait intensément son frère, les cils ne clignant pas une seule fois. Il aurait dû courir vers lui, lui sourire en retour.
        Soudain Ikki attaqua. Shun tomba. La surprise et l’incompréhension le frappaient plus durement que le coup. Ikki était sur lui. Shun ouvrit la bouche, sous le choc, sans parvenir à bouger. Hyôga se sentit bouger pour accourir, mais déjà Jabu avait protesté. Puis ce fut Nachi.
            Ikki ricanait, son frère hébété à ses pieds. Les Phénix noirs apparurent, emportant des morceaux de l’armure. Hyôga les regarda du coin de l’œil, observant leurs mouvements, anticipant l’endroit où ils allaient s’enfuir. Ikki les menaça et s’enfuit.
            Hyôga alla rapidement réconforter Shun en lui tapotant l’épaule.
  « Ce n’est pas le moment ! », maugréa-t-il d’une voix plus froide qu’il ne le voulait alors qu’il partait à la suite d’un des phénix noirs.
            L’urgence l’empêchait de penser au jeune homme triste derrière lui. Il courut.


            Pourquoi ?
            Shun ne comprenait pas.
            Il sentait le cosmos brûlant devant lui, se dépêchait pour le rejoindre, pour découvrir.
            Pourquoi ?
            Des images douces de son enfance lui revinrent. Celles avec un frère fort, puissant, mais d’une bonté sans faille, d’une tendresse délicate.
            Où était-il passé ?
            Le cosmos de feu était de plus en plus proche, Shun pouvait voir la trace rouge qu’il laissait. Et le corps musclé apparut devant lui, masse sombre dans l’obscurité. Ikki se retourna et le regarda.
            Pourquoi ?
            Shun plongea la question en non dit sur son frère, la chuchota à son âme. La réponse revint vers lui, en désir refoulé, amour non consommé et honte passionnelle. Shun en stoppa de stupeur. Il ne bougeait plus, observant les cheveux épais d’Ikki onduler légèrement sous le vent du soir, les yeux de crépuscule caresser chacun de ses atomes, et le sourire étrange qui avait fini par creuser ses joues.
            Ikki voulait… Il avait envie de… Il l’aimait mais… si fort… Et il y avait autre chose…
            Shun sentit ses genoux se plier et la paume de ses mains toucha le sol en compréhension pesante. Le médaillon froid sous son polo lui semblait être brusquement devenu lourd. Shun haleta en fermant les yeux. Il serra le poing, décidant d’affronter une vérité dérangeante et redressa le regard.
            Ikki était parti et Shun ne décelait plus la moindre trace de son cosmos. Il sentait juste près un Phénix noir égaré.
            Peut-être en savait-il plus. Shun rassembla son courage et courut vers lui.


          Hyôga caressa sa joue.
  « Trop de choses en trop peu de temps… »
         Shun lui renvoya un regard terne.
         Le Phénix noir n’avait rien voulu dire. Shun s’était contenté de prendre la pièce de l’armure d’or et l’avait ramenée au manoir Kido. Puis il était sorti vers le chêne où son frère s’entraînait enfant. Et ce faux Cygne l’avait raillé avant de l’attaquer. Mais qu’était ce sentiment étrange que Shun avait senti en lui ? De la… jalousie ? Le cœur terni de questions et de compréhension amère, Shun n’avait pas même tenté de répliquer. Mais Hyôga était arrivé et avait battu le Cygne noir…
  « Allez viens… Je vais même te border ! », taquina Hyôga en redressant son camarade.
            Shun rit malgré lui :
  « J’ai passé l’âge…
  – Alors souris ! », répliqua le Russe en passant le bras sous ses épaules.
            Shun se força et marcha vers le manoir à ses côtés.
  « Hyôga…, murmura le jeune homme châtain.
  – Oui ?
  - Je crois que je veux… »
        Il se détacha précipitamment de son camarade et alla vomir près d’un buisson. Hyôga se sentit impuissant. Shun devait naviguer dans une mer d’incompréhension insupportable, se dit-il. La pensée était douloureuse. Hyôga se rapprocha de son camarade et posa la main sur son bras.
  « Tu finiras par comprendre…, promit-il.
  – Ce n’est pas ça le problème… », murmura Shun en se dépliant.
         Il se tourna vers Hyôga et eut un sourire doux, non artificiel :
  « Tu es attentionné… Merci. »
            Le Russe se sentit très troublé.


            Seul dans sa chambre, Shun osa enfin pleurer.
            Il aimait Ikki, il n’avait jamais cessé.
            Comment pouvait-il faire, que devait-il dire ?
            Un souvenir de passion réfrénée descendit le long de son dos en souffle brûlant.
            Shun trembla.

Suite -> Chapitre 18

L'amour ne suffit pas : chapitre 16


Chapitre 16 — Japon


            Ils étaient présomptueux en plus.
            Ichi… Si fier de sa méthode pourtant si inefficace… Et il avait vu le combat de Seiya et celui de Jabu. Arrogants, prétentieux, si sûrs d’eux… Ils se pavanaient dans un tournoi public, rompaient le serment de discrétion et osaient s’en vanter. Le Sanctuaire avait raison de vouloir les éliminer.
  « Hyôga ! », appela la voix douce sur sa gauche.
            Le blond posa négligemment les yeux sur son interlocuteur. Il ne l’avait pas vu combattre, mais s’il était là, il ne valait pas plus que les autres. Hyôga détourna la tête et poursuivit son chemin.
  « Tu n’as pas changé, rit la voix derrière lui. La première fois que tu m’as vu, tu ne voulais pas plus me parler, prétendant être rude et austère. »
            Hyôga soupira, visiblement son interlocuteur insistait. Il le regarda. Son visage avait quelque chose de familier, présence tendre de son enfance. Puis il se souvint, écartant légèrement les lèvres :
  « Shun ? », énonça-t-il.
            Le jeune homme châtain rit en réponse.
  « Je suis content de retrouver un visage amical ! », s’exclama-t-il.
            Hyôga se sentit perturbé. Amical ? Ils ne s’étaient pas vus depuis des années. L’âge adulte les avait transformés. Comment pouvait-il être "amical" ? Il grommela quelques mots inaudibles en continuant d’avancer vers les vestiaires. Shun trottina à ses côtés.
  « Il doit faire trop chaud pour toi je suppose…, disait-il. Tu n’as jamais aimé ça. Et puis septembre au Japon est encore lourd et étouffant… »
            Comment se souvenait-il de telles choses ? Hyôga évitait de le regarder, mais il sentait le corps tiède gambader sur sa gauche. Il dégageait des ondes douces et mélodieuses, comme le vent qui soufflait sur la banquise. C’était désagréablement plaisant.
            Hyôga s’assit sur le banc du vestiaire, ôtant son armure pièce par pièce. Shun lui tendit une serviette.
  « Merci… », finit par répondre Hyôga.
            Shun souriant s’assit à ses côtés. Le jeune homme blond le regarda enfin.
            Ses cheveux épais descendaient en courbes souples le long de son visage, douceur châtain accentuant le rose de sa peau crème. Ses yeux larges verdoyaient sur son sourire, finement cerclés de longs cils noirs. Il était mince, mais son corps solide trahissait une musculature cachée. Il s’était un peu penché, et les manches de son polo remontaient légèrement, laissant voir des cicatrices encore rouges en forme de maillons, gravées sur sa peau.
  « Qu’est-ce que ? », demanda Hyôga en tendant les doigts vers les brûlures.
            Shun posa sa main sur les marques et répondit tranquillement :
  « Ce sont les souvenirs de mon épreuve… Pour gagner l’armure.
  – Ton épreuve ? », s’étonna Hyôga.
            Il réalisa brutalement qu’il n’avait eu aucune épreuve à passer.
            Shun lui sourit en baissant la manche sur ses cicatrices et tapota amicalement la main qui le frôlait. Hyôga retira prestement ses doigts.
  « Je ne savais pas..., hésita-t-il. Je ne savais pas que ça avait été si dur pour toi…
  – Ce n’est pas grave… », sourit Shun.

            Hyôga frémit. Il devait tous les assassiner. Shun y compris.
  « Pourquoi es-tu là ? », demanda-t-il sans même s’en rendre compte.
            Shun baissa les yeux en une mimique nostalgique.
  « Ah…, soupira-t-il. Je veux revoir mon frère… »
            Son frère. Bien sûr. Hyôga se souvint brutalement de tout. L’échange de places, l’île d’où personne ne revenait, les serments qu’ils s’étaient faits…
            Shun releva la tête en un sourire lumineux.
  « Mais tu as tenu ta promesse de revenir, j’ai tenu la mienne, il tiendra sûrement la sienne ! Même non chevalier, ce n’est pas grave, l’essentiel, c’est qu’il revienne ! »
            Les pensées de Hyôga tremblèrent. Il ne devait pas se laisser amadouer, il ne devait pas…


  « Alors quel est votre sentiment à l’issue de ce combat ? »
            La journaliste était petite, mais elle trépignait beaucoup et occupait une place folle. Hyôga avait l’impression que bien qu’il fût l’interviewé, c’était elle la star du show. Le caméraman centrait sur elle, et elle se retournait vers ce dernier agitant les doigts en mimiques expressives.
  « Vous avez bien vu le combat retransmis… », soupira le Russe.
            La présentatrice fit une mine boudeuse et tâta son épaule en ouvrant exagérément la bouche.
  « Whaou ! Mais il est solide ! Vous voyez ça, un homme bien bâti ! »
            Hyôga recula instinctivement, mais la journaliste était déjà passée à Seiya, passant la paume de sa main le long de son bras.
  « Et là aussi un bel homme tout en muscles !, commentait-elle. Quelle chance j’ai d’être entourée d’aussi beaux jeunes hommes ! »
            Elle se colla à Seiya qui rougit légèrement.
  « Alors, j’ai cru comprendre que vous veniez de Grèce ?, demanda-t-elle.
  – Oui j’y ai passé plus de six ans…, répondit Seiya.
  – Et on m’a chuchoté que vous aviez une histoire familiale tragique ?, minauda-t-elle.
  – Oui je recherche ma grande sœur… Si d’ailleurs elle regarde…
  – Et comment s’appelle-t-elle ?, le coupa la présentatrice.
  – Seika. »
            La journaliste s’éloigna de Seiya et frotta des yeux faussement agrandis de chagrin.
  « Seika si tu nous écoutes, ton frère attend ! »
            Elle alla vers Shiryû, la caméra toujours rivée sur elle, et plongea la main dans ses longs cheveux noirs.
  « Impressionnant !, admira-t-elle. Moi aussi j’en voudrais des pareils ! »
            Elle caressa sa propre coiffure en larmoyant artificiellement.
  « Comment parvenez-vous à combattre en gardant vos cheveux aussi beaux ? »
            Shiryû ouvrit la bouche de surprise, ne sachant que répondre.
  « C’est… leur nature… », finit-il par dire.
            La journaliste le fixa :
  « Un peu timide, non ? »
            Sans attendre sa réponse elle passa à Shun :
  « Et notre dernier invité ! Le beau Shun… »
            Elle posa son menton sur son épaule gauche, mimant un regard de chiot, et il rit mécaniquement.
  « Vous combattez après-demain, c’est ça ? »
            Il opina de la tête.
  « Impatient ?, interrogea-t-elle.
  – Et bien… Je suis curieux de voir comment ça va se passer oui. »
            La présentatrice poussa un petit cri en se détachant de lui. Elle se rapprocha de la caméra et fit un clin d’œil.
  « Coupez ! », hurla un homme dans un coin.
            La journaliste se retourna vers les chevaliers et salua de la main :
  « Bye bye les garçons ! »
            Elle quitta la pièce, suivie par des techniciens.

            Hyôga vint vers Shun :
  « C’était quoi ça ? »
            Le jeune homme châtain haussa les épaules en soupirant :
  « La télévision… C’est particulier je sais… »
            Il plongea les mains dans les poches et tourna un visage souriant vers son voisin.
  « C’est ta première interview hein ?, constata-t-il
  – La première et la dernière oui…
  – Il y en aura forcément d’autres…, répliqua Shun.
  – Et ça ne te gêne pas que… »
            Hyôga s’interrompit, regardant la peau claire de son interlocuteur. Shun pencha la tête, interrogateur :
  « Qu’est-ce qui devrait me déranger ?
  – Cette… proximité, déglutit Hyôga
  – Ah ça ! »
            Shun rit.
  « Je n’aime pas forcément ça mais je joue le jeu… Il faut bien si je veux revoir mon frère… C’est le seul endroit où il viendra me chercher… », murmura-t-il.
            Hyôga tendit la main vers le bras de Shun pour le conforter, ayant brutalement l’impression de l’avoir blessé sans le vouloir. Shun se pressa contre lui et posa sa tête sur son épaule. Hyôga le sentit légèrement trembler.
  « Merci… », chuchota Shun en se redressant.
            Il lança un sourire lumineux vers Hyôga et alla parler à Seiya.

            Hyôga resta pétrifié. Il sut à cet instant qu’il serait incapable de tuer Shun.

            Quel piètre assassin il faisait, se dit-il, amer.



Note : Oui la journaliste est insupportable mais quasi toutes les émissions de ce genre au Japon sont présentées un peu de la sorte. Je ne suis pas sûr que c’était déjà le cas à l’époque, mais j’ai gardé en mémoire les émissions que j’ai vues. ^^ ;


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