Chapitre 20
— Cavernes du mont Fuji
Shunrei
serait mécontente si elle savait. Shiryû se sentait lentement glisser, flottant
entre deux mondes. L’air était chaud contre sa peau, et le picotement du soufre
une caresse étrange alors qu’il sombrait. Il était bizarrement bien alors que
son souffle vital coulait loin de lui, en flots sombres de souffrance évanouie.
Puis
son adversaire planta ses doigts en lui et Shiryû revint dans la réalité
concrète de cette dimension. Le sol était granuleux sous son dos, roche acérée,
l’atmosphère était difficilement respirable et son corps n’était que douleur.
Il toussa, crachant un peu de sang. Il se redressa, entendant le cliquetis des
chaînes et le tintement des cloches sur sa droite. Shun remontait doucement,
Seiya sur l’épaule, le visage inquiet.
Serait-ce
comme cela ? Allaient-ils tous y passer un par un ? Le volcan au
dessus d’eux les engloutirait et l’air acide rongerait leur peau jusqu’à l’os.
Shiryû frissonna. Non, ils avaient survécu, ils continueraient à le faire. Il
regarda le corps noir de Seiya et plongea les doigts sur lui, ignorant les cris
de protestation de Shun, n’expliquant que brièvement. Il appuya sur les points
de la constellation de Pégase, laissant un sang corrompu sortir du corps de
Seiya. Une odeur âcre métallisée remonta dans leurs poumons. Shun grimaça, sur
le point de vomir.
Shiryû
se tourna vers le jeune homme châtain.
« Tu devrais rester ici, deux frères ne devraient pas
s’affronter. »
Shun
lui sourit.
« Au contraire… Je dois y aller. »
Shiryû
le fixa quelques secondes et haussa les épaules. Il était assez grand pour
avoir le cœur brisé.
Les
doigts ensanglantés d’Ikki tremblaient. Le Russe avait failli l’avoir. Avec son
regard bleu, ses cheveux de poupée blonde, il était plus coriace que ses traits
délicats ne le laissaient supposer. Si le Cygne noir ne l’avait pas prévenu en
y laissant sa vie, Ikki n’aurait pas su contrer l’attaque. Il regarda sa main
rouge. Le corps de Hyôga reposait un peu plus loin, alors qu’Ikki s’en
éloignait à chaque pas.
C’était
étrange, il se sentait vide, indifférent à la dépouille délaissée. Pourtant il
se souvenait. Il se souvenait l’avoir aidé enfant. Il se souvenait que Shun
l’adorait. Il se souvenait qu’il lui avait laissé la garde de son frère
bien-aimé de nombreuses fois. Il se souvenait que Hyôga était devenu beaucoup
trop proche de Shun à son goût. Il se souvenait qu’il le haïssait pour ça. Ikki
cria contre le sol.
Il
se redressa en s’éloignant de plus en plus, s’engouffrant dans le labyrinthe
des grottes. Le Pégase noir et Seiya avaient fait match nul, chacun le payant
de sa vie. Le Dragon noir l’avait trahi au lieu de faire de même. Et Shun avait
vaincu sans problèmes son homologue noir. Deux venaient donc vers lui. Deux à
éradiquer au plus vite. Dont Shun. Ikki serra son poing gluant.
Les
murs se rapprochaient de plus en plus, sensation oppressante qui frôlait leurs
hanches. Et l’odeur… Elle envahissait leurs poumons en parfum âcre, les faisant
tousser, brûlant la muqueuse fragilisée.
Une
lumière éclairait le fond du tunnel, semblant venir d’une salle souterraine
plus large. Shun et Shiryû clignèrent des yeux, éblouis, alors qu’ils
s’avançaient vers l’éclairage.
Des
lanternes étaient posées au milieu d’une pièce vaste et Ikki les attendait au
centre, les yeux durs pointés sur eux. Shiryû inspira. La chaîne de Shun
s’abattit sur sa nuque, le plongeant dans l’inconscience.
« Désolé Shiryû… », s’excusa Shun alors que le corps
inconscient s’écroulait par terre.
Ikki l’observait, ses yeux d’un bleu de crépuscule posés sur le visage doux, les épaules légèrement frémissantes. Shun planta son regard de prairie dans celui d’Ikki, se rapprochant de lui. Il s’agenouilla.
Ikki l’observait, ses yeux d’un bleu de crépuscule posés sur le visage doux, les épaules légèrement frémissantes. Shun planta son regard de prairie dans celui d’Ikki, se rapprochant de lui. Il s’agenouilla.
« Je… je sais…, bredouilla-t-il. Je… je veux bien… »
Ikki
ouvrit la bouche sans savoir répondre. Les iris de Shun palpitaient, et le vent
soufflait sur leur blé vert. C’était impossible. Ikki ne croyait pas à ce
sacrifice improbable.
« Foutaises. Tu veux seulement être conciliant. Tu ne veux pas
vraiment…
– Si… J’ai réfléchi, je veux bien… »
La
voix était moins hésitante, plus assurée. S’il lui donnait ce qu’il voulait, la
frustration d’Ikki s’évacuerait loin de lui, et le visage tendre de son frère
réapparaîtrait. Si c’était ce qu’Ikki désirait, Shun était prêt à tout.
« Menteur, tu trembles…, contesta Ikki Et je refuse de me laisser
aller à ça… », chuchota-t-il.
Shun
agrandit les yeux, saisissant soudain la fin du sentiment honteux. Il sentit
ses cils se mouiller alors qu’il déclarait :
« Alors tue-moi. Tout disparaîtra avec moi. Mais pas les autres,
ils n’y sont pour rien. Juste moi… »
Ikki
se rapprocha de Shun. Il était mince, la nuque étroite. En un coup, tout serait
fini, il ne s’en rendrait même pas compte. Il tendit la main.
« Frapper son propre frère, qui s’est rendu, quel acte
héroïque ! », s’exclama une voix familière.
Hyôga
avança, souriant légèrement à Shun qui lui rendit un regard doux. Une
compréhension cruelle déchira le cœur d’Ikki en jalousie pure. Pourquoi
n’était-il pas mort ?
« Il n’y a que lui qui devrait être mort », répondit Seiya de
l’autre côté.
Ikki
retourna le visage vers lui. Seiya était vivant… Ikki entendit incrédule Shun
protester. Il voulait aller jusqu’à le tuer et Shun prenait sa défense ?
Ils
se dressaient tous contre lui, Ikki sourit indifférent.
« Que s’est-il passé sur cette île ? », demanda la voix
douce de Shun.
Assez !
Ikki
lança son attaque contre le corps mince de son frère mais Hyôga se plaça
devant, protégeant le jeune homme. Ikki se crispa, la rivalité glissant en
sueur gelée le long de sa colonne vertébrale. Le Russe prétendait lui renvoyer
son attaque d’illusion ? Impossible, l’âme d’Ikki était morte, le coup ne
lui ferait aucun effet.
Impossible…
Ikki
trembla en revoyant le visage d’Esméralda se transformer en celui de Shun, en
ressentant son désir refoulé se cacher, en réentendant Guilty lui murmurer ses
paroles pleines de fiel. Le sang courait sur la terre de l’île, et son cœur
plongeait son envie dans son corps honteux, le corps froid de la jeune fille
dans ses bras, ayant ôté le masque de Shun. La culpabilité dévora Ikki.
Ikki
rouvrit les yeux sur Hyôga, replongea son poing en lui. Il ne voulait plus voir
ce visage fin. Ce visage avait le pouvoir de le rendre malade de jalousie, de
lui faire revivre des choses qu’Ikki refusait. Il lança le bras, saisissant le
pendentif qui avait protégé le Russe, comprenant enfin pourquoi il n’était pas
mort. Il entendit Shun hurler. Ikki n’en pouvait plus. Il lança une
déflagration qui propulsa les Bronzes à terre.
C’était
fini, soupira-t-il.
Il
n’avait pas pensé que l’armure d’or reconstituée en protégerait un. Seiya… Ikki
sut dès lors que son sort était tracé. Il savait que l’armure d’or donnait des
pouvoirs spéciaux, réminiscence oubliée. Il lutta quand même, sachant qu’il
serait vaincu. Mais à l’armure vint s’ajouter les pouvoirs des autres
Chevaliers. Il n’avait pas frappé assez fort.
Le
visage doux de Shun remuait légèrement les cils, la bouche entrouverte pour
respirer. le poing de Seiya avait vaincu Ikki, et. Il tombait, ne parvenant pas à détacher le regard
des traits fins de son frère. Et si… Et s’il s’était trompé ? S’il était
possible de ne pas cesser de l’aimer, de juste accepter l’absence de possibilité
de réponse à ce sentiment et juste… vivre ?
Ikki
laissa dériver ses yeux sur les corps inanimés. Shiryû serrait la main sur une
roche, s’accrochant même inconscient. Hyôga avait posé le bras sur celui de
Shun, dernier réflexe avant de s’évanouir sous le choc de l’attaque d’Ikki. Au
dessus du front d’Ikki, Seiya transpirait, sueur rougeâtre, se mêlant au sang
maculant sa chair. Elle tombait en gouttes cramoisies sur la peau d’Ikki,
liquide brûlant et acide.
Ikki
sourit en reposant ses iris sombres sur Shun, qui entrouvrait les cils,
commençant à reprendre conscience. Ikki l’aimait… Il devait apprendre à vivre
avec cela, cesser de lutter contre le sentiment. Il l’accepterait sans jamais
l’achever.
Le
sol se mit à trembler et les murs commencèrent à tomber en pierres chaudes.
Ikki écarquilla les yeux, comprenant soudain. Le volcan était entré en éruption,
et les cavernes allaient s’écrouler sur eux. Il se redressa, tendant le bras
vers Shun. Mais un par un, chaque Chevalier disparaissait, comme téléporté
ailleurs. Sauf Ikki.
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