samedi 7 juillet 2012

L'amour ne suffit pas : chapitre 17


Chapitre 17 — Japon

            Seiya se mordait les doigts. Shiryû avait failli en mourir.
        Seiya ne se souvenait pas vraiment de lui, mais leur combat les avait révélés. Shiryû était honnête et brave, prêt à aller loin pour ses convictions. Seiya était tout aussi entêté. Avaient-ils eu raison ?
            Seiya regarda la jeune fille en rouge qui parlait avec Shiryû, allongé sur le lit d’hôpital. Leurs échanges de sourires étaient très parlants. Il ferait mieux de les laisser seuls. Seiya sortit discrètement de la chambre et repartit vers la salle d’attente. Shun et Hyôga les avaient accompagnés, et aussi surprenant que cela paraissait à Seiya, Saori aussi était venue. Ils étaient assis sur des chaises blanches autour d’une table basse en verre, un air grave sur leurs traits. Shun et Hyôga parlaient à voix basse, chuchotements légers. Saori serrait les mains sur ses genoux serrés, les lèvres légèrement pincées en une moue sombre.
            Elle leva les yeux sur Seiya :
  « Le docteur dit qu’il n’y a plus rien à craindre mais… »
           Sa voix se brisa. Je n’ai pas voulu ça, crut l’entendre chuchoter Seiya. Il devait l’avoir imaginé. Jamais elle ne dirait une telle chose, elle la petite princesse qui jouait avec eux.
  « Sa fiancée prendra soin de lui », déclara soudainement Saori en se relevant.
            Elle jeta un regard sévère sur Shun :
  « Vous devriez rentrer, toi en particulier, tu combats demain. »
            Sa robe voleta derrière elle alors qu’elle quittait la pièce, en un glissement léger.
            Voilà bien la Saori dont Seiya se souvenait. Il avait vraiment rêvé.
            Il s’assit sur un des sièges et plia les bras derrière la tête.
  « Cela dit, elle n’a pas tort Shun…, commenta-t-il. Tu devrais te reposer pour demain.
  – Bien… », acquiesça l’intéressé en se levant.
            Hyôga se redressa et l’accompagna.
            Seiya les suivit distraitement du regard.
            Seika l’avait-elle regardé ? Si oui, qu’avait-elle pensé d’un frère prêt à mourir pour un combat ? Et si elle ne l’avait pas vu ? Etait-elle contre ce genre de divertissements ? Vivait-elle au Japon ? Allait-elle bien ?
            Les pensées se bousculèrent dans la tête de Seiya sans qu’il parvienne à les trier.
            Il savait juste qu’il avait créé un lien étrange de respect amical avec Shiryû.
            Il savait juste qu’on le menait en bateau en prétendant l’aider à retrouver sa sœur.
            Il cracha une insulte.


            Le soir était plus frais, et la brise courait sur leurs bras dévêtus. Elle agitait doucement les feuilles des arbres qui longeaient l’allée, bruissement caressant leurs oreilles.
  « Tu affrontes… Jabu, c’est ça ?, s’informa Hyôga.
  – Oui c’est ça… »
            Shun avait les yeux dans le vague.
  « Le dixième…, commença-t-il.
  – Hum ?
  – Le dixième chevalier, celui qu’on ne nous a annoncé qu’au dernier moment et qui n’est pas encore arrivé… A ton avis, qui est-ce ? », demanda Shun.
            Hyôga bailla en dressant ses mains croisées pour s’étirer. Une odeur douce s’échappait des cheveux de Shun et elle flottait vers lui, portée par le vent.
  « Aucune idée… »
            Puis comprenant soudain l’espoir caché, il reprit :
  « N’y crois pas trop… Je ne veux pas te voir déçu.
  – Je sais… »
            Shun se retourna en souriant vers Hyôga :
  « Je suis heureux que Shiryû aille bien ! Quand ils ont ôté leurs armures, j’ai cru que mon cœur allait s’arrêter…
  – Oui je comprends, sourit le jeune homme blond. Mais je les ai trouvés aussi très braves, prêts à tout pour leurs rêves… »
            Il leva les yeux vers le crépuscule.
  « J’avoue que je suis admiratif. », termina-t-il.
            Shun se plaça devant lui et le fixa du vert de ses grands yeux, les mains croisées dans le dos
  « Dis-moi Hyôga… Et toi, quel est ton rêve ? »
            Le Russe ouvrit légèrement les lèvres.
            Son rêve… Il gisait au fond de l’océan, glacé et bercé par les flots.
            Hyôga tendit les bras et posa ses doigts sur les épaules de Shun.
  « Je n’en ai pas vraiment…, mentit-il. Mais j’espère m’en créer », rajouta-t-il sincèrement.
            Shun lui sourit.


         Il dominait très largement.
        Hyôga regardait Shun, légèrement admiratif. Il n’avait visiblement aucun problème à concentrer son cosmos, il le maniait avec aisance et souplesse. Il ne voulait visiblement pas faire du mal à Jabu, et la différence de niveau était telle qu’il y parvenait sans forcer, tout en douceur.
         Puis la chaîne commença à bouger sans son contrôle, le prévenant du danger.
         Le dixième chevalier était arrivé et les maillons étaient allés s’encercler autour de son poignet, caresse froide sur sa peau mate.
  « C’est Ikki ! », avait hurlé Seiya.
        Shun avait tout cessé, tremblant. Le dixième chevalier avait relevé son masque, et un visage familier était apparu. Il était plus carré, plus dur. Une cicatrice creusait son front entre ses yeux, et ses joues s’étaient un peu vidées. Son corps était épais, avec des muscles gonflés, et une impression de puissance se dégageait de lui.
       Les yeux de Shun vibraient, alors qu’il redessinait chaque trait, le gravait dans sa mémoire. Il souriait.
       Quelque chose n’allait pas, se dit Hyôga. Pourquoi Ikki restait-il là haut sans descendre ? Il avait refermé les doigts sur la chaîne qui encerclait son poignet et regardait intensément son frère, les cils ne clignant pas une seule fois. Il aurait dû courir vers lui, lui sourire en retour.
        Soudain Ikki attaqua. Shun tomba. La surprise et l’incompréhension le frappaient plus durement que le coup. Ikki était sur lui. Shun ouvrit la bouche, sous le choc, sans parvenir à bouger. Hyôga se sentit bouger pour accourir, mais déjà Jabu avait protesté. Puis ce fut Nachi.
            Ikki ricanait, son frère hébété à ses pieds. Les Phénix noirs apparurent, emportant des morceaux de l’armure. Hyôga les regarda du coin de l’œil, observant leurs mouvements, anticipant l’endroit où ils allaient s’enfuir. Ikki les menaça et s’enfuit.
            Hyôga alla rapidement réconforter Shun en lui tapotant l’épaule.
  « Ce n’est pas le moment ! », maugréa-t-il d’une voix plus froide qu’il ne le voulait alors qu’il partait à la suite d’un des phénix noirs.
            L’urgence l’empêchait de penser au jeune homme triste derrière lui. Il courut.


            Pourquoi ?
            Shun ne comprenait pas.
            Il sentait le cosmos brûlant devant lui, se dépêchait pour le rejoindre, pour découvrir.
            Pourquoi ?
            Des images douces de son enfance lui revinrent. Celles avec un frère fort, puissant, mais d’une bonté sans faille, d’une tendresse délicate.
            Où était-il passé ?
            Le cosmos de feu était de plus en plus proche, Shun pouvait voir la trace rouge qu’il laissait. Et le corps musclé apparut devant lui, masse sombre dans l’obscurité. Ikki se retourna et le regarda.
            Pourquoi ?
            Shun plongea la question en non dit sur son frère, la chuchota à son âme. La réponse revint vers lui, en désir refoulé, amour non consommé et honte passionnelle. Shun en stoppa de stupeur. Il ne bougeait plus, observant les cheveux épais d’Ikki onduler légèrement sous le vent du soir, les yeux de crépuscule caresser chacun de ses atomes, et le sourire étrange qui avait fini par creuser ses joues.
            Ikki voulait… Il avait envie de… Il l’aimait mais… si fort… Et il y avait autre chose…
            Shun sentit ses genoux se plier et la paume de ses mains toucha le sol en compréhension pesante. Le médaillon froid sous son polo lui semblait être brusquement devenu lourd. Shun haleta en fermant les yeux. Il serra le poing, décidant d’affronter une vérité dérangeante et redressa le regard.
            Ikki était parti et Shun ne décelait plus la moindre trace de son cosmos. Il sentait juste près un Phénix noir égaré.
            Peut-être en savait-il plus. Shun rassembla son courage et courut vers lui.


          Hyôga caressa sa joue.
  « Trop de choses en trop peu de temps… »
         Shun lui renvoya un regard terne.
         Le Phénix noir n’avait rien voulu dire. Shun s’était contenté de prendre la pièce de l’armure d’or et l’avait ramenée au manoir Kido. Puis il était sorti vers le chêne où son frère s’entraînait enfant. Et ce faux Cygne l’avait raillé avant de l’attaquer. Mais qu’était ce sentiment étrange que Shun avait senti en lui ? De la… jalousie ? Le cœur terni de questions et de compréhension amère, Shun n’avait pas même tenté de répliquer. Mais Hyôga était arrivé et avait battu le Cygne noir…
  « Allez viens… Je vais même te border ! », taquina Hyôga en redressant son camarade.
            Shun rit malgré lui :
  « J’ai passé l’âge…
  – Alors souris ! », répliqua le Russe en passant le bras sous ses épaules.
            Shun se força et marcha vers le manoir à ses côtés.
  « Hyôga…, murmura le jeune homme châtain.
  – Oui ?
  - Je crois que je veux… »
        Il se détacha précipitamment de son camarade et alla vomir près d’un buisson. Hyôga se sentit impuissant. Shun devait naviguer dans une mer d’incompréhension insupportable, se dit-il. La pensée était douloureuse. Hyôga se rapprocha de son camarade et posa la main sur son bras.
  « Tu finiras par comprendre…, promit-il.
  – Ce n’est pas ça le problème… », murmura Shun en se dépliant.
         Il se tourna vers Hyôga et eut un sourire doux, non artificiel :
  « Tu es attentionné… Merci. »
            Le Russe se sentit très troublé.


            Seul dans sa chambre, Shun osa enfin pleurer.
            Il aimait Ikki, il n’avait jamais cessé.
            Comment pouvait-il faire, que devait-il dire ?
            Un souvenir de passion réfrénée descendit le long de son dos en souffle brûlant.
            Shun trembla.

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L'amour ne suffit pas : chapitre 16


Chapitre 16 — Japon


            Ils étaient présomptueux en plus.
            Ichi… Si fier de sa méthode pourtant si inefficace… Et il avait vu le combat de Seiya et celui de Jabu. Arrogants, prétentieux, si sûrs d’eux… Ils se pavanaient dans un tournoi public, rompaient le serment de discrétion et osaient s’en vanter. Le Sanctuaire avait raison de vouloir les éliminer.
  « Hyôga ! », appela la voix douce sur sa gauche.
            Le blond posa négligemment les yeux sur son interlocuteur. Il ne l’avait pas vu combattre, mais s’il était là, il ne valait pas plus que les autres. Hyôga détourna la tête et poursuivit son chemin.
  « Tu n’as pas changé, rit la voix derrière lui. La première fois que tu m’as vu, tu ne voulais pas plus me parler, prétendant être rude et austère. »
            Hyôga soupira, visiblement son interlocuteur insistait. Il le regarda. Son visage avait quelque chose de familier, présence tendre de son enfance. Puis il se souvint, écartant légèrement les lèvres :
  « Shun ? », énonça-t-il.
            Le jeune homme châtain rit en réponse.
  « Je suis content de retrouver un visage amical ! », s’exclama-t-il.
            Hyôga se sentit perturbé. Amical ? Ils ne s’étaient pas vus depuis des années. L’âge adulte les avait transformés. Comment pouvait-il être "amical" ? Il grommela quelques mots inaudibles en continuant d’avancer vers les vestiaires. Shun trottina à ses côtés.
  « Il doit faire trop chaud pour toi je suppose…, disait-il. Tu n’as jamais aimé ça. Et puis septembre au Japon est encore lourd et étouffant… »
            Comment se souvenait-il de telles choses ? Hyôga évitait de le regarder, mais il sentait le corps tiède gambader sur sa gauche. Il dégageait des ondes douces et mélodieuses, comme le vent qui soufflait sur la banquise. C’était désagréablement plaisant.
            Hyôga s’assit sur le banc du vestiaire, ôtant son armure pièce par pièce. Shun lui tendit une serviette.
  « Merci… », finit par répondre Hyôga.
            Shun souriant s’assit à ses côtés. Le jeune homme blond le regarda enfin.
            Ses cheveux épais descendaient en courbes souples le long de son visage, douceur châtain accentuant le rose de sa peau crème. Ses yeux larges verdoyaient sur son sourire, finement cerclés de longs cils noirs. Il était mince, mais son corps solide trahissait une musculature cachée. Il s’était un peu penché, et les manches de son polo remontaient légèrement, laissant voir des cicatrices encore rouges en forme de maillons, gravées sur sa peau.
  « Qu’est-ce que ? », demanda Hyôga en tendant les doigts vers les brûlures.
            Shun posa sa main sur les marques et répondit tranquillement :
  « Ce sont les souvenirs de mon épreuve… Pour gagner l’armure.
  – Ton épreuve ? », s’étonna Hyôga.
            Il réalisa brutalement qu’il n’avait eu aucune épreuve à passer.
            Shun lui sourit en baissant la manche sur ses cicatrices et tapota amicalement la main qui le frôlait. Hyôga retira prestement ses doigts.
  « Je ne savais pas..., hésita-t-il. Je ne savais pas que ça avait été si dur pour toi…
  – Ce n’est pas grave… », sourit Shun.

            Hyôga frémit. Il devait tous les assassiner. Shun y compris.
  « Pourquoi es-tu là ? », demanda-t-il sans même s’en rendre compte.
            Shun baissa les yeux en une mimique nostalgique.
  « Ah…, soupira-t-il. Je veux revoir mon frère… »
            Son frère. Bien sûr. Hyôga se souvint brutalement de tout. L’échange de places, l’île d’où personne ne revenait, les serments qu’ils s’étaient faits…
            Shun releva la tête en un sourire lumineux.
  « Mais tu as tenu ta promesse de revenir, j’ai tenu la mienne, il tiendra sûrement la sienne ! Même non chevalier, ce n’est pas grave, l’essentiel, c’est qu’il revienne ! »
            Les pensées de Hyôga tremblèrent. Il ne devait pas se laisser amadouer, il ne devait pas…


  « Alors quel est votre sentiment à l’issue de ce combat ? »
            La journaliste était petite, mais elle trépignait beaucoup et occupait une place folle. Hyôga avait l’impression que bien qu’il fût l’interviewé, c’était elle la star du show. Le caméraman centrait sur elle, et elle se retournait vers ce dernier agitant les doigts en mimiques expressives.
  « Vous avez bien vu le combat retransmis… », soupira le Russe.
            La présentatrice fit une mine boudeuse et tâta son épaule en ouvrant exagérément la bouche.
  « Whaou ! Mais il est solide ! Vous voyez ça, un homme bien bâti ! »
            Hyôga recula instinctivement, mais la journaliste était déjà passée à Seiya, passant la paume de sa main le long de son bras.
  « Et là aussi un bel homme tout en muscles !, commentait-elle. Quelle chance j’ai d’être entourée d’aussi beaux jeunes hommes ! »
            Elle se colla à Seiya qui rougit légèrement.
  « Alors, j’ai cru comprendre que vous veniez de Grèce ?, demanda-t-elle.
  – Oui j’y ai passé plus de six ans…, répondit Seiya.
  – Et on m’a chuchoté que vous aviez une histoire familiale tragique ?, minauda-t-elle.
  – Oui je recherche ma grande sœur… Si d’ailleurs elle regarde…
  – Et comment s’appelle-t-elle ?, le coupa la présentatrice.
  – Seika. »
            La journaliste s’éloigna de Seiya et frotta des yeux faussement agrandis de chagrin.
  « Seika si tu nous écoutes, ton frère attend ! »
            Elle alla vers Shiryû, la caméra toujours rivée sur elle, et plongea la main dans ses longs cheveux noirs.
  « Impressionnant !, admira-t-elle. Moi aussi j’en voudrais des pareils ! »
            Elle caressa sa propre coiffure en larmoyant artificiellement.
  « Comment parvenez-vous à combattre en gardant vos cheveux aussi beaux ? »
            Shiryû ouvrit la bouche de surprise, ne sachant que répondre.
  « C’est… leur nature… », finit-il par dire.
            La journaliste le fixa :
  « Un peu timide, non ? »
            Sans attendre sa réponse elle passa à Shun :
  « Et notre dernier invité ! Le beau Shun… »
            Elle posa son menton sur son épaule gauche, mimant un regard de chiot, et il rit mécaniquement.
  « Vous combattez après-demain, c’est ça ? »
            Il opina de la tête.
  « Impatient ?, interrogea-t-elle.
  – Et bien… Je suis curieux de voir comment ça va se passer oui. »
            La présentatrice poussa un petit cri en se détachant de lui. Elle se rapprocha de la caméra et fit un clin d’œil.
  « Coupez ! », hurla un homme dans un coin.
            La journaliste se retourna vers les chevaliers et salua de la main :
  « Bye bye les garçons ! »
            Elle quitta la pièce, suivie par des techniciens.

            Hyôga vint vers Shun :
  « C’était quoi ça ? »
            Le jeune homme châtain haussa les épaules en soupirant :
  « La télévision… C’est particulier je sais… »
            Il plongea les mains dans les poches et tourna un visage souriant vers son voisin.
  « C’est ta première interview hein ?, constata-t-il
  – La première et la dernière oui…
  – Il y en aura forcément d’autres…, répliqua Shun.
  – Et ça ne te gêne pas que… »
            Hyôga s’interrompit, regardant la peau claire de son interlocuteur. Shun pencha la tête, interrogateur :
  « Qu’est-ce qui devrait me déranger ?
  – Cette… proximité, déglutit Hyôga
  – Ah ça ! »
            Shun rit.
  « Je n’aime pas forcément ça mais je joue le jeu… Il faut bien si je veux revoir mon frère… C’est le seul endroit où il viendra me chercher… », murmura-t-il.
            Hyôga tendit la main vers le bras de Shun pour le conforter, ayant brutalement l’impression de l’avoir blessé sans le vouloir. Shun se pressa contre lui et posa sa tête sur son épaule. Hyôga le sentit légèrement trembler.
  « Merci… », chuchota Shun en se redressant.
            Il lança un sourire lumineux vers Hyôga et alla parler à Seiya.

            Hyôga resta pétrifié. Il sut à cet instant qu’il serait incapable de tuer Shun.

            Quel piètre assassin il faisait, se dit-il, amer.



Note : Oui la journaliste est insupportable mais quasi toutes les émissions de ce genre au Japon sont présentées un peu de la sorte. Je ne suis pas sûr que c’était déjà le cas à l’époque, mais j’ai gardé en mémoire les émissions que j’ai vues. ^^ ;


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L'amour ne suffit pas : chapitre 15


Chapitre 15 — Bateau vers le Japon

Warning : légère scène érotique

            Il glissa ses doigts sur le journal. L’article était encadré en page centrale. Il y avait la photo du manoir qu’il reconnaissait, celle d’une sorte de Colisée reconstitué aux dégradations près, et celles des participants actuels. Les petites frappes de son enfance, il n’en pensait pas mieux. Sauf… L’image était en noir et blanc, mais il avait reconnu immédiatement les traits délicats, les cheveux soyeux, le sourire convivial.
  « Shun… », murmura-t-il.
            Une partie étrange en lui se gonfla de fierté. Il avait survécu et avait même gagné.
            Pourquoi ? Pourquoi l’obligeait-il à aller jusqu’au bout ?
            Shun avait grandi, il avait perdu les joues rondes de l’enfance. Mais son visage était toujours lisse, pur, avec un nez fin et recourbé, des lèvres fines délicatement ourlées, et de longs cils encadrant un regard qu’Ikki savait vert comme une prairie.
            Shun était en fait devenu très beau, avait réalisé Ikki en tremblant.

         Ikki avait lu qu’ils allaient s’affronter pour gagner une armure d’or. Une armure d’or… Cela éveilla quelque chose en lui, comme un souvenir oublié qui remontait par impression. On était sûrement fort avec une telle armure…
            Il plissa les yeux en s’emparant d’un stylo et d’une feuille.
            Un frappement léger se fit entendre à la porte de sa cabine.
  « Entre ! », maugréa Ikki en commençant à écrire.
           Les pas feutrés venaient du Cygne Noir. L’homme mince referma la porte derrière lui et se rapprocha d’Ikki.
  « Nous arriverons demain, déclara-t-il.
  – Bien… Tu iras poser cette lettre demain », répondit Ikki en mettant son papier dans une enveloppe.
            Le Cygne Noir le regarda, surpris.
  « Neuf participants hein ?, répondit Ikki en souriant. Le chiffre ne tombe pas juste… Dix, c’est mieux, non ? »
            Le Cygne Noir hocha la tête en comprenant et alla vers Ikki. Il posa la main sur son torse et murmura :
  « Maître Ikki… Désirez-vous que je ?
  – Tu peux rester », opina Ikki.
            Le Finlandais s’agenouilla devant lui, et déboutonna le jean rouge d’Ikki, tendant les doigts dans l’ouverture. Ikki soupira.

            Ils avaient pris un bateau. On le leur avait offert sans demander de le ramener ni même où ils comptaient aller. Les gens avaient peur d’eux, Ikki le sentait. Il s’en moquait, c’était même grisant. Le bateau était moyen, et Ikki savait que les Chevaliers Noirs n’avaient pas un large espace. Sa cabine étroite était probablement l’endroit le plus spacieux. Et c’était pourtant le plus grand bateau de Death Queen.
            Ikki avait nommé les quatre seigneurs Chevaliers Noirs ses lieutenants. Le Dragon Noir et son frère caché, intégrité étrange, Andromède Noir et son sadisme tu, Pégase Noir et sa force, le Cygne Noir et sa fidélité absolue.

            Ikki soupesa les hanches alors que le Finlandais descendait le jean sur ses jambes. Le jeune homme brun baissa la tête sur son ouvrage, ouvrant la bouche en un gémissement faible. Sa langue humide glissa sur Ikki alors qu’il plongeait le sexe dressé au fond de sa gorge, gargouillis âpre sur sa respiration coupée. Ikki regarda la tête brune qui allait et venait sur lui. En un râle rauque, il tourna le menton vers la table. Le journal était toujours là, ses photos pointées vers Ikki. Un désir aigu l’envahit.

            Ils avaient croisé un bateau japonais la veille. En plus de bouteilles d’eau, ses occupants leur avaient donné un journal "pour qu’ils se tiennent au courant des nouvelles du pays". Ikki l’avait ouvert par curiosité. Il ne reconnaissait plus trop certains caractères avait-il ragé, mais il comprenait l’essentiel. Une femme était devenue présidente du parti socialiste. Un accusé avait été reconnu innocent. Un réalisateur était mort. La fondation Kido organisait un tournoi.
            La fondation Kido ?
            Ikki avait tressauté.
            L’article parlait de ce tournoi, les Galaxian Wars, avec des participants aux pouvoirs "cosmiques". Ikki avait ricané. Puis il avait vu les photos. La plus grande représentait Saori Kido. Dans sa robe blanche, elle croisait pudiquement les mains, mais ses yeux n’avaient pas perdu l’éclat vif de son adolescence. En dessous, dans des cadres noirs de taille identique étaient collés les portraits des participants. Le vue de celui de son frère avait remué les sentiments refoulés d’Ikki, et il ne parvenait guère à cesser de le regarder.
            Shun…

            Le Finlandais avait accéléré le rythme. Les yeux posés sur le journal, Ikki soupira de plaisir. Il posa les mains sur la tête du Cygne noir, empoignant des mèches de cheveux, imposant sa cadence. Il sentit le Finlandais légèrement s’étouffer et relâcha à regret. Le Cygne noir ôta sa bouche et regarda le Japonais :
  « Seigneur Ikki, ne vous sentez pas obligé de me ménager. »
            Ses cheveux noirs s’étaient emmêlés sous les doigts d’Ikki en chaos léger sur son crâne. Ils avaient glissé sur ses yeux sombres, en fils fins se courbant vers ses lèvres entrouvertes.
            Ikki se redressa et rattrapa la tête du Finlandais pour le coller à lui. Ce dernier ouvrit docilement la bouche en désir humide alors que les coups de rein d’Ikki s’enfonçaient au fond de sa gorge.
            Ikki ferma les yeux. Il ne pensait plus à rien, ne ressentait plus de sentiments. Plus rien à part un plaisir perçant qui traversa son corps en spasmes visqueux.
            Il releva les cils doucement et un réflexe lui fit tourner la tête vers la table. Le portrait était toujours là, doux et souriant. Un malaise noir retraversa son corps vidé.
            Ikki trembla.
            Les Galaxian Wars hein ?
            Il allait y faire une entrée… remarquée.

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L'amour ne suffit pas : chapitre 14


Chapitre 14 — Japon


            Il leva la tête sur la vaste demeure. Un gargouillis lui serra le ventre. Il reconnaissait chaque allée, chaque fenêtre du manoir. Rien ne semblait avoir changé. Les bosquets étaient toujours épais, les parterres de fleurs colorés…
            Il déglutit en appuyant sur le bouton de l’interphone.
            Une voix métallique lui répondit :
  « Oui, c’est pour quoi ? »
            Il se pencha sur le grillage de l’appareil, regardant la caméra de surveillance.
  « C’est Shun… Je rapporte l’armure d’Andromède. »
            Un silence grésillant se fit entendre, puis la grille s'écarta devant lui en grinçant.
            Il inspira et avança dans l’allée jusqu’aux larges escaliers de l’entrée du manoir. La porte large du bâtiment s’ouvrit, dévoilant une forme et un visage qui le pétrifièrent un instant. Il planta ses ongles dans la lanière droite de sa box et soupira. Allons, il n’était plus un enfant. Il soupesa son sac léger et grimpa les marches pour saluer Tatsumi.
  « Tu es le dernier que j’aurais cru revoir un jour », maugréa l’homme chauve en le faisant entrer.
            Shun tourna la tête pour observer l’intérieur du manoir. Les mêmes peintures étaient accrochées aux murs, portraits et paysages, étranges et familiers. Le plafond haut était baigné de lumière douce, traversant les fenêtres larges. Seul le sol avait changé. On avait ôté les tapis de protection, frotté les dalles, et son marbre blanc luisait doucement sous ses pas. Shun se demanda mécaniquement si ses chaussures étaient assez propres pour un tel sol et rit à cette idée.
  « Toujours insolent…, maugréa Tatsumi devant lui. Mais tiens-toi correct devant Mlle Saori Kido ! »
            Shun sourit mécaniquement en s’étonnant :
  « Mlle Saori ? Et M. Kido ? »
            Tatsumi s’arrêta en serrant les poings.
  « M. Kido… nous a quittés, articula-t-il. Maintenant vous dépendez de Mlle Saori. »
            L’homme s’ébranla et ouvrit la porte du salon. Assise à une table, une jeune femme remontait pensivement ses gants blancs. Sur sa peau pâle reposaient de longs cheveux châtains dorés, soigneusement lissés, et ses yeux vifs étaient baissés sur une moue boudeuse.
  « Mademoiselle…, signala Tatsumi.
  – Ah… », soupira-t-elle en levant le regard vers les deux hommes.
            Etait-ce là Saori ?, se demanda Shun. Il ne se souvenait que d’une adolescente aux cheveux courts et aux plaisirs plutôt sadiques et il retrouvait une belle jeune femme de la société. Il sourit.
  « Conformément à mon ancien accord, je vous rapporte l’armure d’Andromède…, expliqua-t-il.
  – Oui… Tu es… », commença-t-elle.
            Il la vit prendre une feuille de papier avec une liste et chercher du doigt :
  « Voilà… Shun donc.
  – Oui. »
            Elle semblait ne pas se souvenir de lui. C’était logique en même temps, se dit-il, il avait toujours été discret en sa présence.
  « Le principe est simple, expliquait-elle. Il y a un tournoi dans lequel vous vous affronterez…
  – Un tournoi ?, s’étonna Shun.
  – Oui, les Galaxian Wars… Ce sera très médiatisé !, précisa-t-elle en levant l’index. Tu feras de l’audience, plus que Jabu…, commenta-t-elle distraitement en le détaillant du regard. Pour le moment, vous êtes neuf… Peut-être y en aura-t-il un autre ? Vous n’êtes pas tous arrivés, poursuivit-elle, mais…
  – Qui sont les neufs ?, la coupa anxieusement Shun.
  – Oh je ne me souviens plus des noms par cœur ! Tu verras ça avec Jabu…, se dédouana-t-elle. Où en étais-je ?
  – Aux Galaxian Wars…, lui rappela Shun.
  – Ah oui !, s’exclama Saori. Le vainqueur du tournoi gagnera une armure d’or, l’armure du Sagittaire », dit-elle d’un ton sérieux.
            Shun entrouvrit la bouche.
  « Bien, en attendant, laisse ton armure ici, tu la retrouveras pour le tournoi », ordonna Saori.
            Docile, Shun fit glisser la boîte de ses épaules et la posa à côté de la table. Saori agita la main droite :
  « Tatsumi, montrez-lui ce qu’il faut ! »
            L’homme chauve se rapprocha du jeune homme et posa sa main large sur son épaule, le pressant de sortir. Serrant la lanière de son sac, Shun se laissa faire.
            Tatsumi le conduisait vers leur ancien réfectoire, se souvenait Shun. Quelques discussions s’en échappaient et venaient murmurer à son oreille un souvenir nostalgique. Sauf que les voix étaient graves, les rires solides. Shun rentra dans la pièce en écartant les yeux. Plus qu’une seule table s’y trouvait, avec des chaises plus confortables que celles de son enfance. Dans un coin s’étalait un canapé rouge, légèrement affaissé, sur lequel deux jeunes gens devisaient. L’un se redressa à la vue de Tatsumi. Sa peau dorée ne parvenait pas à effacer un sourire un peu effronté au coin de ses lèvres. Jabu. Oui bien sûr, Shun se rappelait de lui et le reconnut. Même tignasse blonde folle, même assurance.
  « Un nouveau ! Tu connais le principe maintenant », déclara Tatsumi en repartant.
            Jabu rit et tendit la main vers Shun pour le saluer.
  « Je ne sais pas si tu te souviens de moi, mais je suis Jabu.
  – Oui je me souviens de toi, sourit le chevalier d’Andromède en serrant la main tendue. Je suis Shun. »
            Une surprise intense se dessina sur le visage de Jabu.
  « Je n’aurais jamais misé un seul yen sur toi !, ria-t-il. Comme quoi la vie est surprenante. »
            Il lança une claque dans le dos de Shun et lui présenta les personnes dans la salle. Le jeune homme brun avec qui il bavardait était Nachi. Le géant sur un fauteuil était Geki. L’homme étrange avec une crinière blanche était Ichi. Et l’homme silencieux aux longs cheveux noirs, qui posait ses coudes sur la table était Shiryû.
            Les noms disaient vaguement quelque chose à Shun, sans qu’il ne parvienne à complètement les situer.
 « Mlle Saori m’a dit que nous étions neuf… Qui sont les trois autres ?, demanda Shun.
 – Ah ça… Ban est arrivé, mais je crois qu’il est sorti dans le jardin en ce moment, répondit Jabu. Et il paraît que le chevalier de Pégase et du Cygne devraient venir. Mais…, ajouta-t-il en clignant de l’œil, je n’ai aucune idée de qui il peut bien s’agir ! »
            Shun lui sourit en le remerciant.
            Il alla s'installer à la table en face du jeune homme sombre.
            Ikki n'était pas là... Mais peut-être... Peut-être que ce Pégase ou ce Cygne était lui ? Et Saori avait laissé entendre que d'autres pouvaient se joindre à eux, peut-être Ikki en faisait-il partie ? Lui et son frère s'étaient promis de se retrouver victorieux. Si même Shun, doux et délicat, y était parvenu, Ikki avait réussi sans nul doute ?
            Shun se massa les poignets, légèrement inquiet. Il regarda l'homme en face de lui. Il baissait les yeux sur un livre, semblait désintéressé de ce qui l'entourait.
  « Et toi, demanda Shun, où as-tu passé ces dernières années ? »
            Shiryû releva le regard et le posa sur lui.
  « En Chine, répondit-il d'une voix monocorde.
  – Oh, ça doit être beau !, s'enthousiasma Shun. Raconte-nous, comment était-ce ? »
            Shiryû soupira. Il se souvenait de l'être jovial en face de lui. Il piaillait pendant des heures avec son camarade de chambre de l'époque. Son côté trop affectueux l'agaçait. Cela aurait dû l'empêcher d'obtenir une armure. Par quel miracle avait-il réussi ? Les iris d'un vert tendre se posaient sur lui en caresse légère, attendant sa description. Shiryû expira.
  « Oui, c'est très beau... Il y a de nombreuses cascades et une chutait juste à côté de notre demeure. L'air est tiède et humide, et le sol exhale une odeur végétale douce. »
            Le regard de fougère se plia en sourire délicat. Etait-il si facilement satisfait ?, se demanda Shiryû. Mais Shun s'était déjà tourné vers Jabu.
  « Et toi Jabu ? Où était-ce ? Comment était-ce ? », interrogeait-il.
        La voix de Shun était souple et affectueuse, et les autres répondaient avec gaieté à ses questions. C'était étrange, se dit Shiryû. Ils l'avaient maltraité lorsqu'il était enfant. Etait-il assez idiot pour l'avoir oublié ? Assez angélique pour avoir pardonné ?
            Les pensées de Shiryû volèrent vers la cascade de Lu Shan. Elle scintillait auprès d'une jeune femme aux cheveux tressés. Les gouttelettes frémissaient contre sa peau pâle et elle riait.
            Shiryû ferma les yeux sur sa nostalgie.


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L'amour ne suffit pas : chapitre 13


Chapitre 13 — Île de Death Queen


            Il ouvrait la bouche, hébété, le cœur brisé sous le choc.
        Le sang coulait en filaments sombres sous le soleil couchant, dans un rouge délétère de désespoir.
          Elle avait couru pour le protéger, avait couru sans comprendre le danger. Guilty n'avait pas hésité. En un point d'apothéose dans son harcèlement moral, il était passé à l'assassinat.
          Ikki la regardait tomber, son esprit sous le traumatisme voyant la scène au ralenti, comme détaché. Ses longs cheveux blonds brillaient d'un reflet écarlate, ses yeux ouverts semblaient surpris, et sur sa robe de bure, le sang s'étalait en flaque saumâtre.
        Il ne la confondait soudainement plus avec son frère, comme si la ressemblance avait été coupée par le fil de la mort.
            Il courut vers le corps inerte, soupesa la tête légère qui murmura juste :
  « Ikki… Le phénix… battra bientôt des ailes, n’est-ce pas ? »
            Il hurla. Un ricanement lui répondit :
  « Imbécile ! Elle était au milieu, elle me dérangeait, déclara froidement Guilty. Et puis c'est de ta faute après tout, poursuivit-il, si tu n’avais pas retenu tes coups contre moi… Et tu es allé la chercher pour épancher tes sentiments incestueux, si tu l'avais laissée tranquille, elle serait toujours vivante... »
            Ikki regarda l'homme musclé devant lui, traversé d'un sentiment qu'il n'avait encore jamais ressenti. Guilty jouait avec lui, le trompait, tourmentait ses pensées. Il avait tué une jeune fille innocente et tentait de lui en faire porter le chapeau.
            Un monstre, ce n'était qu'un monstre.
            En un cri, Ikki hurla sa haine, explosion déflagrante autour de lui et lança son poing sur son "maître". Ce n'était pas un être humain, mais un démon sadique.
            Il le haïssait, oui.
            L’hémoglobine ruissela sur sa main en un flot chaud.
            Ikki entendit Guilty ricaner :
  « Bien... Tu es puissant maintenant... Digne du phénix... »
            Il toussa un caillot de sang.
  « Et maintenant ? Crois-tu que ton désir ait disparu ? Non, ce n'est pas la bonne personne qui est morte pour le faire disparaître... Sa mort à elle, tu la porteras comme un poids, ce sera ta culpabilité. Tu ne peux l'oublier que dans le sang... »
            Il cracha une dernière phrase à peine audible.
  « Plus jamais tu ne verseras de larmes… »
            Ikki trembla. Le corps froid tomba devant lui en un bruit sourd.

            Il avait... Il avait tué.
            La pensée glaça son corps brûlant.
            Esméralda... S'il ne l'avait jamais encouragée à venir lui parler elle serait... Et il l'avait laissée faire parce qu'il voyait en elle... Et il désirait...
            Ikki se sentit s'agenouiller, serrer ses mains ensanglantées autour de son crâne. Ses cheveux se collèrent sous l'hémoglobine fraîche, attachant son front écarlate.
            Il ne parvenait pas à réfléchir, ses idées se noyaient avant même d'exister.
  « Mais qu'est-ce que c'est que ça ?! », hurla un homme sur sa gauche.
            Ikki releva la tête. C'était le paysan voisin, le maître d'Esméralda.
  « Qu'a... Qu'avez-vous fait à mon esclave ?! », hurla le fermier.
            Ikki n'essaya même pas de lui parler. Il se releva et posa la main autour du cou de l'homme, tachant de rouge sa chemise.
  « Où est mon armure ? », demanda-t-il juste.
            Le paysan écarta grand les yeux.
  « Où est mon armure ?, répéta Ikki d’un ton froid, en serrant légèrement la trachée.
  – Les chevaliers noirs... Ce sont eux qui l'ont... », gargouilla le fermier.
            Ikki le relâcha et partit vers le volcan. Par ses non-dits, Esméralda avait en fait été claire sur le territoire des chevaliers noirs. Ikki ne prit pas le temps de se changer. Torse nu, les muscles visibles mâtinés de sang, pieds non chaussés, il marcha vers la montagne.
            Rien ne l'arrêterait.


            Il toucha la boîte. Elle était dure et lourde, un phénix gravé dessus.
           Les chevaliers noirs... Il les avait battus un à un. C'était facile... Et leur "chef" était encore plus faible qu'eux.
            Ikki caressa le métal froid, avide et anxieux. Il tira sur la poignée, découvrant une armure orangée, luisant sous les étoiles. A lui... Juste à lui... Il l'enfila précautionneusement, frémissant sous l'étreinte de la cuirasse. Une puissance folle lui semblait l'envahir, elle descendait en ondes désordonnées entre ses doigts et le métal inconnu. Il se sentit invincible.
            Un son sec et régulier le fit se retourner.
            C'était un homme blond, une armure d'or serrant son corps mince. Il gardait les yeux fermés.
  « Tu m'as précédé... »
            L’inconnu s’avança.
  « Je suis Shaka. »
            Ikki ricana.
  « Mais tu es si faible encore... Tel le roi-singe dans la paume de Bouddha... », poursuivait Shaka.
            Vexé, Ikki tendit son cosmos vers l'étranger, voulant prouver sa supériorité. Sans problème apparent, ce dernier stoppa son attaque et le renversa. Ikki ne comprenait pas, comment avait-il été battu si facilement par un homme d'apparence si faible ?
            Shaka s'accroupit près du jeune homme.
  « Je ne ressens pas un démon en toi... Je vais te laisser une chance, pour le bon que je perçois encore... Tu vas oublier que nous nous sommes rencontrés… Mon visage, mon nom, tout va s’effacer... »
            Ikki sentit ses yeux se fermer seuls alors qu'il plongeait dans l'inconscience.
            L'inconnu...
            Qui ?
            Ses souvenirs s'effacèrent en langueur tiède.


            Il se réveilla sur une terre sèche, le soufre du volcan s'infiltrant au plus profond de sa gorge.
            Que s'était-il passé ?
            Meurtre, sang sombre, culpabilité, désirs secrets... Tout se mélangea en brouhaha obscur dans ses pensées.
            Il roula sur le côté et vomit. Ses yeux étaient secs sur son cœur brisé.
            Ikki se redressa et redescendit vers la demeure de Guilty.

            Son corps était toujours là, masse froide sur le sable noir, mais Ikki ne lui prêta aucune attention. Il marcha plus loin vers le corps d'Esméralda, portant le corps léger de la jeune fille.
            C'était de sa faute.
            Si seulement il n'avait pas projeté ses désirs sur elle.
            Désirs de posséder...

            Les longs cheveux fins caressaient son bras en supplique posthume. Ikki s'avança vers le pré où poussaient les rares fleurs de l'île, pousses aussi délicates que la jeune fille.
            Elle les aimait…
            En une explosion, il creusa le sol pour y poser le corps inanimé de la jeune fille. Il poussa la terre sur elle en tremblant, voyant le joli minois disparaître définitivement de ses yeux, inscrivant ce passage dans sa mémoire. La peau rose se ternissait sous le sable noir, les cheveux blonds se salissaient de poussière de basalte.
            Elle ne lui ressemblait même pas tant que ça, se dit cruellement Ikki. Combien avait-il dû projeter ! S'il n'avait jamais eu cette envie folle, elle serait...
            Le corps s’évanouit complètement dans le sol avide, effaçant toute trace d’Esméralda à part un léger rebond.
            Des bruits de pas se firent entendre derrière Ikki. Il se retourna pour voir les chevaliers noirs défaits. Ils avaient posé un genou à terre en signe d'obéissance.
  « Nous voulons vous servir... Vous êtes le porteur de l'armure. »
            Ikki se redressa et les toisa.
  « Vous êtes vraiment prêts à me servir en tout ? »
            Les yeux des chevaliers noirs brillèrent. Ikki eut alors un sourire torve.
  « Très bien, nous allons alors aller au Japon... C'est le seul endroit où je risque de le revoir... »

            L'esprit d'Ikki plongea dans un puits sombre de désespoir confus.


Note : j’ai réécrit différemment quelque peu le passage avec Shaka, et énormément la confrontation finale avec Guilty.


Suite -> Chapitre 14

L'amour ne suffit pas : chapitre 12


Chapitre 12 — Grèce


Warning : courte scène érotique dans ce chapitre

  « Demain, c’est le grand jour, c’est ça ? »
            Marin tourna la tête vers lui. Le soleil couchant rougissait sa peau mate et ses cheveux dorés flottaient sous la brise du soir.
  « Aiolia… »
            Il lui sourit en s’asseyant à côté d’elle.
            Les gradins étaient vides, loin de l’agitation qui les animerait le lendemain, et elle laissait le silence monter en elle, s’en imprégner pour mieux se l’imaginer le jour suivant.
            Il soupira en regardant le ciel étoilé :
  « On voit la constellation de Pégase cette nuit... Demain elle aura son nouveau chevalier. Je suis sûr que Seiya gagnera, il a eu le meilleur des professeurs. »
            Il tourna la tête vers elle. Elle était toujours immobile, le masque dirigé vers le centre de l'arène. Fermait-elle les yeux ? Ou apprenait-elle la position de chaque grain de sable ?
  « Seiya..., commença-t-elle enfin. Seiya a le cosmos. Il sait le maîtriser. Mais Shaina est puissante, si elle a transmis cela à Cassios, cumulé à sa force physique... »
            Elle trembla légèrement. Il posa doucement sa main gauche sur son épaule.
  « Marin... D'après ce que j'ai vu, Cassios est loin de ce que tu crains. Aie confiance... »
            Elle tourna enfin son menton vers lui. En un geste rapide, elle détacha le masque de son visage, révélant des traits doux, une bouche fine et des yeux aux longs cils. Aiolia caressa la joue rose. Il ne la voyait que peu, ils se cachaient, mentaient aux autres.
  « Marin... Je sais que ta réputation entre en jeu dans ce combat. Je sais aussi que tu t'es attaché à Seiya. J'ai l'impression de voir une grande sœur parfois en toi, dans la manière dont tu te comportes avec lui. »
            Elle se mordait les lèvres :
  « Shaina... Je la crains autant que je la respecte, mais je crois qu'elle serait très mauvaise perdante... »
            Elle s'interrompit et posa un regard perçant sur Aiolia :
  « Désolée de t'ennuyer avec cela... Ce n'est pas ton problème après tout... »
            Il tint le visage entre ses paumes et se rapprocha de son souffle.
 « Pourquoi cela m'ennuierait-il ?, chuchota-t-il. Que devrais-je dire de toutes les fois où c'est toi qui m'as écouté, réconforté ?
  – C'était normal..., protesta-t-elle.
  – Tout comme c'est normal que je sois là pour toi ce soir... »
            Il posa ses lèvres contre les siennes et l'embrassa tendrement. Elle posa les bras autour de son cou et le colla à elle, caressant les muscles durs de son dos, passant la main dans la toison épaisse de ses cheveux.
 « Viens dans ma maison, murmura-t-elle entre deux baisers. J'ai envie de... »
            Il opina de la tête. Elle reposa son masque alors qu'il la suivait jusqu'à sa petite demeure. La porte de bois grinça derrière eux.

            Sa peau était douce et glissait dans la moiteur tiède du soir. Ses seins avaient un goût de fleur musquée et il s’abreuvait en descendant au creux de son ventre. Elle ondulait les hanches poussant la tête plus bas sur elle, gémissant doucement. Il s’attarda entre ses jambes, plongeant la langue dans son intimité mouillée, jouant avec le bouton dressé. Elle trembla, sa respiration s’accélérant brutalement. Il empoigna ses fesses dures alors qu’il accélérait sur le clitoris gonflé. En un soupir rauque, le corps de Marin s’arqua sur son désir.
            Aiolia remonta l’embrasser, soupesa son poids léger de ses mains larges et la posa sur la table. Elle écarta les cuisses autour de lui, défit la ceinture, caressa le sexe tendu. Il frémissait sous ses doigts fins. Aiolia la rapprocha du bord et s’enfonça en elle doucement, guettant sur son visage découvert les signes du plaisir de la jeune femme. Elle ouvrit les yeux et plongea son regard dans le sien. Aiolia se sentit tout aussi pénétré que pénétrant, allant et venant, se perdant dans la sensation. L’odeur salée de son corps sur sa peau rose ensorcelait ses pensées, dans un clapotis doux et régulier, excitait ses nerfs en douleur suave.
            En un cri lâche, il se répandit en elle. Elle plongea ses lèvres sur les siennes, caresse amère et tendre dans sa bouche.
            Il chuchota son nom, captivé par son sourire. Elle le serra entre ses bras.


            Une clameur de surprise avait envahi l’arène.
            Seiya avait gagné. Aiolia voyait au corps détendu de Marin qu'elle était soulagée. Il sourit et reposa son regard sur le Japonais. Il écoutait d'un air embarrassé le Pope, se grattant mécaniquement la joue. Shaina regardait intensivement le jeune homme, ça ne présageait rien de bon. Aiolia se tourna vers Marin pour la prévenir, mais elle était déjà alerte, le masque tourné vers l'Italienne. Il sourit, Marin savait bien se défendre et se prémunir seule, il n'avait pas à intervenir.
            Elle serrait les poings, ses cheveux roux brillant sous le soleil.
            Forte, puissante.
            Intelligente, endurante.
            Aiolia se sentit fier d'avoir été choisi par une femme pareille.

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